The Furious est probablement l'un des films d'action les plus impressionnants de ces dernières années et pourtant son scénario est extrêmement simple : une fille est kidnappée par un réseau criminel et son père part à sa recherche, avant de s'allier à un journaliste qui enquête lui aussi sur l'organisation. C'est essentiellement un prétexte pour faire progresser les personnages d'un lieu à l'autre et permettre à chaque nouvelle étape de déboucher sur une nouvelle baston.
Et surtout, un film qui cherche à repousser ce qu'on peut faire avec plusieurs corps dans un même espace.
C'est là que le travail de Kensuke Sonomura devient passionnant. Si vous avez vu Hydra, les Baby Assassins ou Ghost Killer, vous reconnaîtrez immédiatement certaines choses : les combats à très courte distance, les saisies qui se transforment en coups, les projections qui arrivent presque par accident, les changements permanents d'appuis et cette impression que les personnages ne sont jamais vraiment immobiles.
Mais dans The Furious, cette mécanique change complètement d'échelle. Sonomura fait notamment quelque chose d'assez rare : il chorégraphie la défense avec autant d'attention que l'attaque. Un personnage ne reste pas simplement là à attendre son prochain coup. Il bloque, attrape un bras, dévie une jambe, tente de déséquilibrer son adversaire, se fait repousser, tombe, revient dans le combat... Et tout cela continue parfois pendant qu'un autre combat se déroule juste à côté.
Et plus le film avance, plus Sonomura augmente le nombre de participants. On passe progressivement du duel au combat de groupe, puis à des affrontements où plusieurs styles martiaux et plusieurs niveaux de l'espace sont utilisés simultanément. Le fameux combat final à cinq est évidemment le point culminant de cette idée.
Les mêmes idées sont là, mais elles ont grandi. Là, il a le budget et l’ampleur pour s’exprimer totalement. Et si les chorégraphies fonctionnent aussi bien, c’est aussi parce que le film peut compter sur des acteurs qui ne sont pas simplement des comédiens auxquels on a appris quelques mouvements pour le tournage. Que ce soit Joe Taslim, un ancien membre de l’équipe nationale indonésienne de judo révélé avec The Raid, qui est maintenant un vétéran ou Xie Miao qui tournait déjà avec Jet Li à l’âge de 9 ans dans les 90's, tu sais qu’ils seront capables de suivre les chorégraphies extrêmement complexes et exigeantes de Sonomura et qu’il pourra pousser les choses plus loin.
Ce qui est également remarquable, c'est la manière dont Kenji Tanigaki filme tout ça. La caméra accompagne les mouvements sans constamment les cacher derrière du montage frénétique. Et c'est là que la collaboration Tanigaki / Sonomura fonctionne particulièrement bien : Sonomura invente une chorégraphie extrêmement complexe, tandis que Tanigaki trouvent comment la filmer. C’est leur collaboration qui donne une véritable fusion avec la caméra qui tourne, qui monte et descend en se déplaçant avec les combattants.
Depuis l’âge d’or du cinéma de Hong Kong avec les films de Sammo Hung, Lau Kar Leung, Jackie chan et cie, c’est un des films qui pousse la chorégraphie et la circulation des corps le plus loin possible sans perdre pour autant la lisibilité de l'action. Et c’est ça le tour de force du film.
Au final, The Furious n’a peut-être pas le scénario le plus original du genre, mais il est simple, efficace et surtout entièrement au service de l’action. Et c’est probablement là que le film réussit le mieux : il réunit un excellent duo réalisateur-chorégraphe, avec Kenji Tanigaki derrière la caméra et Kensuke Sonomura aux chorégraphies, et des acteurs qui possèdent eux-mêmes un véritable bagage martial. Cette combinaison permet de sublimer les combats et de leur donner une fluidité, une intensité et une lisibilité assez impressionnantes. Du bonheur pour tout amateur de cinéma d’action !