The Gorge
5.6
The Gorge

Film de Scott Derrickson (2025)

Voir le film

« Songe à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble ! »

The Gorge confirme brillamment la trajectoire verticale du cinéma de Scott Derrickson, tout entière vouée au recensement des signes de vies cachées dans les tréfonds de l’Histoire et de l’âme humaine, qu’il mêle sans cesse : la tour de surveillance remplace le grenier et la cave, motifs chers à l’épouvante, les apparitions spectrales de cavaliers offrent une déclinaison apocalyptique aux possessions diverses qui animent des corps, le câble tiré entre les deux miradors matérialise le rétablissement de la communication comme le symbolisaient l’appareil de projection (Sinister, 2012) ou le téléphone (The Black Phone, 2021).

Nous apprécions d’abord la cohérence d’une œuvre qui s’inscrit dans une filmographie tout à la fois unie et hétéroclite, en ce que la mise en scène n’obéit à aucune signature mais s’ajuste au récit raconté ; c’est ensuite l’intelligence du scénario et l’élégance de la réalisation que nous saluons, créant une harmonie synonyme de respect pour un spectateur que l’on prend au sérieux et qui trouve une place particulière, celle d’un confident partageant la relation naissante entre deux inconnus : le dialogue par messages interposés affirme vite une tonalité romantique, référence évidente à Love Actually (Richard Curtis, 2003), d’autant plus surprenante qu’elle cohabite avec un discours politique sur les frontières et la surveillance mutant peu à peu en cauchemar horrifique. En effet, l’espace sous-terrain compose une galerie de créatures empruntées à l’imaginaire de H. P. Lovecraft où chacune relève de la fusion des ADN entre humains, végétaux et animaux ; en résulte une impression poisseuse de dérèglement organique que la mise en scène place sous des filtres de couleurs et décline suivant des intentions belliqueuses, spectaculaires ou poétique, T.S. Eliot à l’appui (avec son poème « The Hollow Men »).

Scott Derrickson signe un divertissement soigné et pertinent, élabore un film oxymorique qui unit les deux gardes, rapproche les contraires pour mieux dessiner les contours d’un ailleurs où tout recommencer comme Baudelaire invitait son lecteur, par le biais d’une adresse à la femme aimée, à « Songe[r] à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble ! » (« L’invitation au voyage » dans Les Fleurs du Mal, 1857). Une importante et réjouissante réussite.

Fêtons_le_cinéma
8

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2025

Créée

le 20 avr. 2025

Critique lue 29 fois

Critique lue 29 fois

D'autres avis sur The Gorge

The Gorge

The Gorge

6

Eric-Jubilado

6892 critiques

Joyeuse Saint Valentin !

Même si on ne le crie pas trop sur les toits, le fan de « cinéma de genre » (c’est à dire un type de cinéma qui réussit à être à la fois méprisé par le grand public et par les « vrais » cinéphiles,...

le 16 févr. 2025

The Gorge

The Gorge

4

Arthur-Levain

344 critiques

The Gorge (2025)

Deux agents sont envoyés pour surveiller les côtés opposés d'une mystérieuse gorge. Ils vont s'unir pour survivre à ce qui s'y cache ...Tourné au Royaume-Uni et en Norvège pour quelques extérieurs,...

le 14 févr. 2025

The Gorge

The Gorge

8

RedArrow

1251 critiques

Garanti sans angine

Deux tireurs d'élite sont engagés pour une mission ultra-secrète: vivre un an chacun au sein d'une immense tour de contrôle placée aux bordures d'une mystérieuse fosse camouflée aux yeux de la...

le 16 févr. 2025

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019