Si c'est bien dans une salle de cinéma que l'on peut apprécier le dernier joyau de Wong Kar-Wai, on a pourtant vite l'impression d'être plutôt à l'opéra. Amour impossible, honneur et trahisons familiales, implacabilité du destin sur fond de troubles historiques, sont autant de thèmes tragiques chers à l'opéra et mis en avant ici.
Le créateur empruntant au lyrisme comme à la dramaturgie, les contrastes sont exacerbés et d'autant plus saisissants dans son oeuvre qui se construit en oppositions : l'horizontalité s'oppose à la verticalité, l'hiver s'oppose au printemps, à l'unification s'oppose la division, à la transmission, l'oubli. Autant de métaphores représentant l'opposition la plus implacable qu'il soit, entre la mort et la vie. Mais il s'agit ici de célébrer cette dernière, ou du moins de la piéger, de la capturer dans et malgré son mouvement perpétuel, à travers ses flux d'énergie constants loin d'être toujours de l'ordre du visible.
Comme à l'opéra toujours, le scénario classique et sans surprise importe peu dans cette oeuvre qui s'attache plus à insuffler des sensations, des émotions fortes dans le plus pur et le plus somptueux lyrisme. Pour cela, The Grandmaster nous offre un cinéma sensuel, au sens premier du terme, car il vise par-dessus tout l'éveil des sens, que ce soit à travers une image d'une beauté (constamment) à couper le souffle, ou par une musique obsédante, aussi sublime que mélancolique et envoûtante. Cette omniprésence de la musique ajoutée à ce mouvement vital perpétuel (comme toujours magistralement chorégraphié par Yuen Woo-Ping) confirme cette sensation d'être dans ce lieu sacré qu'est l'opéra, à assister à un ballet, où les corps et les regards sous les masques en disent bien plus long que les mots.

Ainsi, à travers cette oeuvre d'une puissance émotionnelle rare, oscillant entre film lyrique et ballet tragique, il semble que le grand maître Wong ait choisi de faire triompher la vie, dans toute sa splendeur autant que dans toute sa cruauté.
jslomianow
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le 8 avr. 2013

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