On pourrait jouer avec les mots en déclarant que l'intrigue ne tient littéralement qu'à un fil : on suit pendant 1h25, Asger Holm, policier transféré temporairement au centre d'appels du 112, au téléphone, avec les différents protagonistes de l'enquête, tant les victimes que les agresseurs, que les policiers, qui sont eux, sur le terrain.


On peut envisager le film sous deux angles :
- Celui d'Asger : on est d'abord confronté à un homme en suspens, dans l'attente et l'incertitude de son procès qui nous est annoncé dès le début du film.
On nous donne à voir l'évolution d'un homme suspendu de ses fonctions, de sa possibilité d'agir sur le terrain, qui retrouve ce pouvoir d'action grâce aux mots en dirigeant l'enquête et les opérations à distance. On voit un homme qui retrouve son sentiment d'exister. Jakob Cedergren, tant par son expressivité que par sa voix, nous communique avec force ce sentiment : le film met en scène, davantage que l'idée de culpabilité , celle de responsabilité.
Asger Holm réalise qu'en tant que policier, chaque mot et chaque acte définissent son action : il se définit ainsi dans le film comme un " gardien ", en réalisant justement la notion de responsabilité associée à ce rôle.
Cet angle permet de se focaliser sur la complexité psychologique du personnage, intensifiée par le dispositif de huit-clos.


- Celui de l'enquête : il y a deux intrigues dans The Guilty, l'histoire de Asger, et l'enquête qu'il mène à distance, en coordonnant les opérations sur le terrain, ou en influençant voir commendant les actions des différents protagonistes. L'enquête est captivante, et mobilise les éléments d'un thriller réussi, sans jamais nous montrer d'image : tout commence par un enlèvement "classique", on tente d'assembler les informations qui nous sont livrées au fil des appels d'Asger, des informations qui passent tant par les silences des protagonistes, que par leurs intonations, que par les bruits de fonds, etc. Gustav Möller nous offre le plaisir d'imaginer l'intrigue, en nous forçant à reconstituer mentalement une enquête qui se joue sur plusieurs terrains à la fois.


Je pense que c'est là que réside la force principale de ce genre de films, construits sur des huits-clos psychologiques : en stimulant notre imagination, ils nous incluent pleinement dans le processus de scénarisation

Oh_
8
Écrit par

Créée

le 19 juil. 2018

Critique lue 1.2K fois

Oh_

Écrit par

Critique lue 1.2K fois

8
2

D'autres avis sur The Guilty

The Guilty

The Guilty

7

Eric-Jubilado

6840 critiques

Blow In

On connaît suffisamment la vitalité du "polar scandinave", en littérature du moins, pour faire confiance les yeux fermés à ce petit film conceptuel danois qui nous arrive auréolé de critiques...

le 19 juil. 2018

The Guilty

The Guilty

7

Dagrey_Le-feu-follet

1462 critiques

Au bout de la nuit, la rédemption...

Iben, mère de 2 enfants est kidnappée par son ex. Elle contacte les urgences de la police. La communication est coupée brutalement. Pour la retrouver, Asger, le policier qui a reçu...

le 19 juil. 2018

The Guilty

The Guilty

10

AnneSchneider

710 critiques

Le film invisible

Un policier, Asger Holm (Jakob Cedergren, à la fois sobre et intense, brillant, en un mot, avec, dans certains plans, le profil pur et grave d’Albert Camus...), répond au téléphone, affecté au...

le 12 août 2019

Du même critique

The Guilty

The Guilty

8

Oh_

5 critiques

Un homme en suspens

On pourrait jouer avec les mots en déclarant que l'intrigue ne tient littéralement qu'à un fil : on suit pendant 1h25, Asger Holm, policier transféré temporairement au centre d'appels du 112, au...

le 19 juil. 2018

Le Cercle des neiges

Le Cercle des neiges

9

Oh_

5 critiques

Magistral

Vendredi matin, pas forcément très inspirée pour rédiger une critique de ce film absolument vertigineux, tant visuellement qu'émotionnellement. Un mélange (selon moi) entre le Cercle des poètes...

le 5 janv. 2024

Champagne Problems

Champagne Problems

3

Oh_

5 critiques

Joli ciné-tourisme

A regarder au 1er degré, oui, c'est nul, mais tellement nul que ça en devient du hate watching assez jouissif (comme pour la 1ère saison de Emily in Paris). A regarder au 5ème degrés, en voyant ça...

le 27 nov. 2025