En tant que "cinévore" curieux, grand amateur de nouvelles expériences filmiques éprouvant ce besoin systématique, presque compulsif, de partager son ressenti post visionnage, je dois dire que ce genre de productions indés à la fois passionnées et inconscientes de ses limitations a toujours été un cas d'école pour moi.
A certains égard, cela constitue un exercice très intéressant pour moi, voir stimulant. Voyez vous, outre mon penchant certain pour l'émission d'avis, je suis aussi un artiste en herbe peu équipé matériellement et techniquement (au cas où cela vous interrogerait, c'est le registre de la BD et du dessin qui m'intéresse) et à l'image de ces cinéastes en herbe, je me confronte à ce dilemme horrible : Tentative d'affirmation ou résilience ?
Pour faire simple,
Tentative d'affirmation : On fait fit de toutes ces limitations à l'ampleur difficilement estimables. L'opinion des "autres", ces fameux "autres" qui peuvent parfaitement face au fruit de vos expériences créatives, vous flagorner hypocritement pour ne pas vous décourager, médire par plaisir de vous enfoncer, ou tout simplement témoigner d'un genre d'indifférence caractérisée, qui, comme vous l'aurez compris, peut témoigner aussi bien d'une forme de neutralité que de l'évidence suivante : vous n'êtes selon eux pas à la hauteur de leur considération.
Et bien sûr, compte tenu que les "mais" et les "si" ne mènent pas bien loin, on décide de se jeter à l'eau au risque de se viander.
Mais la résilience, quant à elle, peut prendre deux formes et aboutir à deux décisions distinctes :
On ne se considère toujours pas à la hauteur de nos ambitions, alors on tente de développer un regard introspectif pour chercher là où on pèche et ainsi, caresser l'éventualité de trouver en soi la force de faire comme le mec susmentionné une fois l'atteinte du potentiel estimé. Oui, si on n'a pas confiance en soi et encore moins aux autres... Cela peut être long, très long (on voit que je me sens concerné ou pas ?)
Deuxième forme, résilience absolue sous sa forme la plus brute. Intransigeante, punitive, au comble du cynisme et de la basse estime de soi. On préfère ne rien faire que de se confronter au regard d'un public peu clément...
Et bien, j'ignore si vous aurez deviné le cheminement, mais pour moi, les artistes en charge de "The Headhunter" ont eu le malheur de s'être précipité aveuglément sur le premier mode de raisonnement tandis que moi (bon, je parie encore sur votre intuition) me situerais plutôt dans la phase A du second grand cas de figure tendant vers B... Et dans le cas dudit métrage et de ses auteurs, j'aurais presque la prétention de savoir pourquoi ce manque de retenu et de raison.
Le concept du film était beau, trop beau. Cette approche de la Dark Fantasy//Horreur survivaliste, le tout matinée d'un genre de drame humain façon quête initiatique désespérée n'aurait eu d'égal que ses relents vidéoludiques "Dark Soulesques".
C'était l'opportunité rêvée de faire un film à la fois poignant et sincère. Le fruit du labeur d'artistes passionnés pourvus d'ambitions très claires et bien définies : réhabiliter la fantasy occidentale à son meilleur dans le paysage cinématographique avec les lettres de noblesses qui vont avec... Oui parce qu'à part la "High Fantasy" initiée par le portage en bonne et due forme de l'univers de Tolkien et la classique et primordiale "Sword and Sorcery" du (trop) bien aimé "Conan le barbare", On a pas grand chose à se mettre sous la dent soyons honnêtes...
Ce "Headhunter" tenait un truc tellement bon qu'il n'en pouvait plus de sommeiller dans l'imaginaire fertile des créateurs. Il tapait au carreau depuis trop longtemps le bougre. Alors il est sorti et voilà le résultat :
On se retrouve avec un film aux symboles assez fort avec une ambition de traitement très forte, un visuel avec une ambition forte, une ambition de narration toute aussi forte, une ambition d'acting forte... ambition, ambition, ambition, toujours de l'ambition... Pas de moyens, pas de technique... Et je ne parle pas que d'argent et de technologie. Je parle d'un film qui bien conscient de ses énorme limitations, suggère les combats en les mettant hors champs... Alors qu'ils auraient pu être totalement ellipsés ce qui aurait eu des trilliards de fois plus de sens et de répercussion...
Un message assez percutant sur le deuil et la quête maladive de vengeance, mais, traité avec la finesse d'un troll des cavernes et symboliquement vainement renforcée par un twist final dont le sentiment d'horreur qu'il cherche à distillé en nous aurait pu être suscité s'il n'avait pas été desservi par une mise en scène poussée aux combles du ridicule, faute encore une fois à une science du récit et de la suggestion complétement aux fraises.
Ce film est tragique car il est lisible dans ses intentions. On comprend ce qu'il veut éveiller et franchement, en terme de storyline, il y a vraiment de quoi se hyper sur le papier. Mais le film, à trop vouloir montrer ce qu'il sait pertinemment ne pas pouvoir montrer va au delà du simple ratage de coche. Il plombe et ridiculise ce qui aurait pu sonner l'avènement d'une ère nouvelle où la fantasy pourrait enfin pleinement s'affirmer en tant qu'œuvre filmique digne.
Tout ceci me renforce dans ma position. Les idées, l'envie, c'est bien. Mais sans connaissances techniques ou un minimum de moyens, les idées, aussi puissantes soient elles s'altères et se muent en un genre de secret inavouable qu'on aurait préféré garder pour soi.