Au début des années 2000, à Séoul, Albert L. McFarland demande à son assistant M. Kim de déverser 480 bouteilles de produits chimiques dans le fleuve Han car de la poussière s'y accumule. Kim refuse car il s'agit de la principale source d'eau potable de la ville, McFarland l'insulte et insiste. Kim se soumet mais rapporte l'événement aux supérieurs de McFarland, qui rejettent l'affaire sous prétexte que, dilués dans l'eau, les produits n'auront aucun effet. Mais l'incident a déjà fait du bruit parmi les travailleurs et la colère gronde en Corée du Sud. Le fleuve est pollué et la crainte de conséquences sanitaires effraie une partie de la population.
Cet événement est ce qui a inspiré et motivé Bong Joon-ho à réaliser The Host, qui commence directement par une reconstitution de l'affaire. Dans une salle froide, deux médecins légistes travaillent. L'Américain demande au Coréen de jeter les bouteilles poussiéreuses. Dans un nuage de fumée chimique, il les vide une par une dans un évier. Un long travelling montre les centaines de bouteilles posées sur la table. En résultera des années plus tard un monstre meurtrier et destructeur.
Comme les autres oeuvres de Bong Joon-ho, The Host est un film engagé. Il entretient un propos fort sur l'Amérique et sa présence en Corée, son hégémonie et sa volonté de contrôle. Cela passe par les personnages dès le point de départ du film. Les Américains représentés sont bien souvent inconscients du danger ou sont le danger eux-mêmes. Ils sont destructeurs, malgré eux ou volontairement, et sous couvert d'arranger la situation ils l'empirent bien souvent. Arrogants et se pensant plus fort que la nature (le monstre), ils ne parviennent pas à contrôler la situation et ce sont les petites gens qui luttent. Le message est puissant, brut et cru.
C'est évidemment un film qui parle aussi de l'environnement. Le monstre, fruit de la pollution, incarne une nature vengeresse qui sème le chaos parmi les hommes. Elle détruit tout sur son passage, sans distinction, comme l'humanité le fait avec l'environnement. Elle semble insatiable, ayant toujours besoin de plus de nourriture et tuant sans relâche. C'est clairement une inversion des rôles qui est effectuée, et ça fonctionne. Les scènes de chaos sont effrayantes et le monstre fait peur. C'est un procédé simple et efficace.
Mais là où le film brille particulièrement, c'est dans son écriture. Le film s'attache à la famille Park. On y trouve le grand-père et ses trois enfants, qui cherchent à sauver la petite-fille, enlevée par la créature. Ce sont globalement ce que l'on pourrait qualifier de ratés. Ils n'ont pas vraiment de parcours brillant, se font remarquer partout où ils vont, n'arrivent pas à se fondre dans la masse, sont naïfs... Mais surtout ils sont très attachants.
Le père qui veut retrouver sa fille, Gang-du, est touchant dans son innocence, sa maladresse. Nam-il, son frère, le réprimande, se moque de lui, le traite comme un boulet. Mais au fond, il souffre et donne tout pour retrouver sa nièce, prenant des risques. Nam-joo, leur soeur, celle au parcours le plus réussi, met ses talents d'archère à profit pour tenter d'abattre la créature et retrouver la petite fille. Enfin, Hee-bong, le grand-père, essaie d'unir ses enfants pour gérer la situation ensemble. Cette famille est terriblement attachante, seule contre tous pour tenter l'impossible, sans cesse en train d'échapper aux autorités et au danger que représente le monstre en bordure du fleuve.
Leur maladresse et leur malchance les mettent sans arrêt dans les pires situations et on se demande à chaque fois comment ils vont s'en sortir. On s'identifie à eux, héros normaux loin des standards auxquels on pourrait s'attendre dans ce genre de film. Ils n'ont pas de talents particuliers, pas d'aide, rien si ce n'est leur force de caractère et leur volonté.
Avec des protagonistes pareils, Bong Joon-ho se permet de nombreuses touches d'humour complètement décalées. Les personnages sont drôles malgré eux, ils semblent faire "tache" dans cet univers gris, violent, sérieux. Ce n'est jamais lourd, c'est toujours placé au bon moment, le rire n'est pas déplacé mais bienvenu pour calmer la tension et rendre les protagonistes encore plus attachants qu'ils ne le sont déjà. Il y a un vrai mélange des genres entre horreur, drame, action et comédie. Ce cocktail de styles fonctionne à merveille.
Les images sont très belles, avec parfois des plans vraiment bien construits, notamment un dans les égouts vers la fin du film. Mais surtout, la créature est effrayante, répugnante avec ses tentacules et son corps qui semble être un mélange d'animaux marins. De ses yeux à sa gueule dégoulinante, elle est sale, terrifiante et inspire vraiment la répulsion.
Mais le problème, ce sont les effets spéciaux qui ont pas mal vieilli aujourd'hui. La créature est entièrement numérique et de près, ça se sent. Heureusement, elle est souvent en mouvement. Elle court, bondit, est très rapide et dans ces moments, l'illusion fonctionne vraiment bien. Mais dès qu'on est près d'elle ou qu'elle est immobile, on sent qu'elle fait faux. Cela se voit dans la dernière scène notamment.
Mais on pardonne ces défauts pour toutes les qualités que possède The Host.