"The Human Scale", d’Andreas Dalsgaard, ambitionne de remettre l’humain au cœur de l’espace urbain. Sur le papier, c’est une urgence. Dans la réalité, c’est un cri qu’on attendait. Mais à l’écran, c’est une voix qui ne dépasse jamais le murmure. Et c’est bien là le problème.
Je lui ai mis 5.5/10, et cette note traduit une frustration : celle de voir un sujet aussi brûlant que la crise urbaine mondiale traité avec tant de prudence, presque de timidité. Alors que nos villes étouffent, que l’isolement s’y généralise, et que les modèles de développement urbain continuent à favoriser la rentabilité sur la qualité de vie, ce documentaire se contente de constater, là où il aurait dû dénoncer.
Oui, Jan Gehl est un penseur essentiel. Oui, ses idées sur l’espace public, la lenteur, la convivialité sont précieuses. Mais les idées seules ne suffisent pas à porter un film. Encore faut-il les incarner, les confronter, les secouer un peu. Ce que Dalsgaard ne fait jamais vraiment. Son regard reste lisse, comme aseptisé.
Le documentaire alterne entre constats généraux, images de villes surpeuplées ou désertes, et quelques témoignages assez convenus. Mais où est la colère ? Où est l'urgence ? Où sont les résistances locales, les conflits d’intérêts, les obstacles politiques ? Tout semble trop simple, trop poli. Et donc, trop peu engageant.
La plus grande déception, c’est peut-être de voir un sujet aussi incarné – la ville vécue, la rue partagée, le trottoir comme lieu de vie – traité de manière aussi désincarnée. Le film parle de l'humain, mais il nous en montre si peu. Quelques passants, quelques mots, mais rarement des vies, des visages, des récits forts.
Et pourtant, il y avait matière. À Dhaka, où la densité urbaine écrase les corps. À New York, où les choix politiques façonnent l’espace public. À Melbourne, où des transformations inspirantes prennent forme. Mais aucun de ces lieux ne devient un personnage. On reste à la surface. Et dans un documentaire, la surface, c’est le piège.
Ce qui me dérange le plus, ce n’est pas que The Human Scale soit un mauvais film – ce n’est pas le cas. C’est qu’il soit un film tiède sur un sujet brûlant. Et ça, c’est un rendez-vous manqué. Car il y a urgence à faire entendre ces idées, à raconter ces luttes, à montrer que d’autres modèles urbains sont possibles, mais pas sans frictions.
Dalsgaard semble tellement désireux de convaincre calmement qu’il en oublie de déranger. Mais réveiller les consciences, ce n’est pas seulement proposer des alternatives : c’est aussi bousculer les certitudes. Et le film n’y parvient jamais vraiment.
"The Human Scale" est un documentaire qui mérite d’être vu, mais surtout d’être dépassé. Il ouvre la porte, mais ne pousse pas les spectateurs à entrer. Il dit que nos villes doivent changer, mais le dit sur un ton si modéré qu’on en oublie que le changement est vital.
Pour une œuvre qui plaide pour des villes vivantes, il manque cruellement de vie, de chair, de tension. Il informe, oui. Mais il ne transforme pas. Et dans un monde qui continue de bétonner à toute vitesse, c’est trop peu.