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il y a 6 jours
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Nadia Lee Cohen a réalisé cette publicité et ce clip pour la marque de lunettes Gentle Monster. En termes de décor et d'esthétique, les visuels sont de fait extrêmement glamour et horrifiques. Le...
Nadia Lee Cohen a réalisé cette publicité et ce clip pour la marque de lunettes Gentle Monster. En termes de décor et d'esthétique, les visuels sont de fait extrêmement glamour et horrifiques. Le glamour combiné à l'horreur est naturellement Campy, toute l'esthétique des films d'horreur avec des Scream Queens et l'horreur Queer se fonde sur ce contraste.
C'est une publicité pour des lunettes, pourtant la robe rouge éclatante est le premier élément esthétique et central de la vidéo. Les lunettes sont une métaphore du point de vue de la protagoniste sur la vision de son monde. Sa vision et son monde vont muter.
La villa d’Hunter se trouve dans les hauts reliefs de Los Angeles, et ça évoque évidemment Hollywood.
C’est pourquoi je rapproche ce clip de la quête de la célébrité. L’idée serait qu’on chasse la renommée comme une fausse quête de reconnaissance. L’enjeu est de se défaire de sa superficialité, ou du moins des couches qui empêchent une identité actualisée d’être révélée. Et cela génère alors des identités fragmentées de fait.
Alors, l’agentivité du soi présent et la potentialité doivent s’accorder ensemble dans un trip égotique. La personnalité initiale et temporairement se fige une identité utile, mais pas définitive.
"The Hunt" c’est un titre qui évoque vraiment la traque. Le nom de l’actrice est "Hunter", qui se traduit par "chasseur", donc je pense qu’il y a un jeu par rapport à ce choix de titre et sa sémantique.
Dans la scène d'ouverture, on voit Hunter Schaffer observée par un double au masque "uncanny" d’elle-même. Le masque, qui représente un visage connu et identifiable mais factice, pourrait signifier que l'identification de son soi a atteint un point où cette reconnaissance est biaisée à présent.
Ce double porte un ensemble noir.
La scène quotidienne la représente en train de danser de façon désarticulée et étrange, le couteau à la main. Ça ne paraît pas naturel, pourtant admis comme étant une situation banale et initiale, et c’est tout le principe d’une mise en scène décalée.
Elle porte une robe de soirée rouge qui la place dans le rôle de la cible.
La protagoniste semble hypervigilante. Elle aurait donc déjà intégré sa traque et veut s’assurer d’être protégée.
Mais on pourrait aussi dire qu’elle anticipe que son corps soit poignardé à travers sa transe et ses mouvements mécaniques simulant un corps lorsqu'il est planté. Et là, le couteau devient plus qu’un simple objet pour se défendre...
Le couteau ne serait pas une arme qu’elle utiliserait contre autrui. Ce serait un présage. Cette arme, elle la tient car tout cela est métaphysique et se produit dans sa psyché. C’est pourquoi c’est elle qui tient le couteau, et que ses doubles aussi ont des couteaux. Ce sont tous des parts de son être. Elle a inconsciemment assimilé sa propre mort symbolique desservant sa transformation.
Puis d’autres clones de cette dernière assaillent celle en noir qui la guettait.
Elles sont masquées, en tenues blanches de bureaucrates sexy. L’idée, c’est qu’elles sont en mission dans un cadre presque protocolaire. Mais il y en a une qui est vêtue d’un imperméable jaune (cliché dans les films d’horreur, dans le film Ça, le petit Bill porte le même). Le décalage de type uncanny valley (esthétique presque humaine) et surtout "l’étrangeté familière" freudienne règnent dans ce clip.
La Hunter au visage dévoilé entend du bruit à la porte. Mais lors de l’ellipse, son couteau disparaît.
Elle vérifie son œilleton, et on se retrouve face à une scène archétypale de films d’horreur.
Nouvelle ellipse, elle a de nouveau un couteau en main mais se trouve paradoxalement désemparée.
Généralement, c’est le tueur qui a le couteau. Et là, elle en a un qui ne lui sert à rien... C’est pourquoi l’idée qu’elle est son propre bourreau explique bien cette dissonance.
Elle fuit. Une de ces créatures démoniaques brise une baie vitrée. La fenêtre, objet symbolique par excellence, qui, une fois brisée, cède un portail entre deux mondes. Une scène de reconnaissance étrange s’opère : elle découvre que derrière le masque, c’est elle-même.
L’horreur advient car son monde intérieur se révèle à sa conscience quand elle casse la glace. Glace qui retenait des choses enfouies dans les rêves et l’inconscient.
Elle est poursuivie dans la nuit noire (de l’âme ? Concept ésotérique et littéraire où l’on se perd pour se retrouver). Son couteau lui est inutile, si ce n’est pour la symbolique que j’ai expliquée auparavant.
Lorsqu’elle monte dans sa voiture pour s’échapper, on voit dans son rétroviseur l’imperméable jaune. Et pan ! Elle est achevée à la hache, ce n'est pas le couteau qui l'a eu mais une hache, les couteaux servaient à percer les murs de sa demeure. Et c'est la hache qui a cassé la fenêtre et l'a abattu elle aussi.
Tout ce joyeux monde semble satisfait.
L’imperméable jaune, le rétroviseur, la voiture... Pour moi, je pense qu’il représente la jeunesse (l’imperméable jaune peut symboliser l’enfance, c’est archétypal notamment en raison de son utilisation au cinéma dans Coraline ou Ça), le passé qui la rattrape, ou bien c’est une volonté d’accéder à une partie de soi plus primaire mais nouvelle.
Le plan sur les lunettes brisées représente une vision qui a été détruite pour laisser place à de nouvelles perspectives.
Ce sont comme des versions d’elle-même qui se confrontent face à cette dernière pour la vaincre. Généralement, dans ce genre de plan visuel, c’est la couleur rouge qui triomphe sur le blanc. Sauf que c’est elle, en imperméable, qui tue la femme en rouge.
Ça rappelle un peu la transmutation alchimique. Le nigredo noir (celle qui est passive et observe la scène au début. Elle observe la rouge, car convoitée par le nigredo. Le noir est primaire, c’est un état de mort de la matérialité) >albedo blanc(les clones qui traquent la robe rouge, c’est la couleur de la mutation et de la libération de l’âme des choses trop primaires et matérielles) >citrinitas jaune (l’imperméable jaune, ça représente la transition vers la perfection, c’est la renaissance) >rubedo rouge (celle qui est assassinée, c’est la grande œuvre purifiée). Sauf qu’ici, le rouge de la grande œuvre est éliminé. Le nigredo signifiant la mort dans les systèmes magiques de l’alchimie peut être exploité dans la magie du chaos, où la destruction est une source fertile de création. En clair, le nigredo est presque cyclique si on exploite ce système alchimique pour régénérer une infinité de renaissances.
On peut apercevoir le clone à l’imperméable jaune marcher vers un horizon éloigné, et ses bottes sont noires. Le plan final est tiraillé entre des nuances de rouge et de noir. Donc, ce n’est pas une fin définitive, on peut percevoir ces deux couleurs comme des moteurs. Et le jaune, c’est la quête constante de perfection, qui permet la transition... Elle est liée à la jeunesse, car elle crée la potentialité de nouveaux points de vue.
Autre interprétation possible, plus proche de la théologie chrétienne ou de la pensée jungienne/platonicienne : le rouge, c’est souvent l’expérience incarnée et le blanc, la partie vierge de l’âme. Le blanc qui abat le rouge, c’est un peu comme si qu’on revenait à un état primaire de la conscience. C’est un retour à l’inconscient collectif et aux idées à "remembrer" avec un nouveau regard. Il y a une volonté de retrouver une part d’innocence et de naturalité pour de nouveau être en phase avec le monde, la nature. L’ego acquis de par la maturité est tué pour expérimenter une nouvelle sublimation. Et l’inconscient collectif jungien du sujet éprouvé renoue avec la nature et les mondes cachés à explorer.
Le court-métrage se déroule comme dans un rêve. Et les rêves sont, pour certains psychanalystes et occultistes, un lieu de l’inconscient où l’on peut altérer notre personnalité et notre monde. Les rêves et les désirs sont les aspirations du monde réel à concrétiser. Pour le cas d’une personne bloquée dans la fausseté d’une personnalité fabriquée pour un effet temporaire (ici, le thème, c’est la célébrité), eh bien, c’est un processus libérateur. C’est pour ça qu’il y a des célébrités qui font des pauses dans leurs carrières et s’éloignent des médias. C’est pour méditer sur leur identité. Enfiler un imperméable jaune et se refaçonner une vision du monde est une option, j’imagine...
C’est pourquoi on prend de l’avant, laisse des lunettes brisées derrière soi. L’image de la destruction domine avec le cassage d’une glace, de lunettes et le meurtre d’une part de soi.
Cette explication-ci n’est pas supérieure à la première développée plus haut, c’est une possibilité.
(Bon, les systèmes de couleurs sont assez subjectifs et bancals. Je les emploie sans prétention à dire qu’ils sont exacts en vue de la multitude d’autres interprétations des couleurs possibles.)
C’est mindf*ck, mais c’est un schéma qui me plaît en termes de symbolique. Bon, après, c’est vraiment mon interprétation perso et elle est loufoque...
Quoi qu’il en soit, il y a une réflexion sur une tension interne...
J’apprécie l’univers de Nadia Lee Cohen car il est très ancré dans notre pop-culture moderne. C’est une satire et une esthétisation de la fausseté de nos sociétés actuelles. Les idoles démasquées, ainsi que les acteurs dans leurs rôles quotidiens dévoilés, célèbrent ensemble leur théâtre et conscientisent pleinement ceci.
Bref, une énième de mes critiques sans queue ni tête.
Ah, et pourquoi faire la critique d’un court-métrage pour une marque de lunettes ?... Parce que c’est sans prise de risques. Sur SC, personne ne pense à concocter une critique sur ça. Donc il n’y a pas de critique appuyée qui verrouille la mienne, qui est plus fantaisiste, lololol... X)
8/10
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