The Immaculate Room, réalisé par Mukunda Michael Dewil, met en scène Mike et Kate, un couple enfermé dans un vaste espace blanc, minimaliste et aseptisé. Le principe est simple : s’ils parviennent à rester cinquante jours dans cette pièce en respectant les règles, ils peuvent toucher vingt-cinq millions de dollars. Si l’un des deux abandonne, celui qui reste jusqu’au bout gagne un million. Les conditions de vie sont volontairement déshumanisées : les repas se résument à un liquide chimique sans goût, l’accès à la salle de bain ne peut se faire qu’en solitaire, et tout confort est exclu. Au départ, le couple tente de s’adapter en mettant en place des routines personnelles pour tuer le temps : jogging, méditation, auto-persuasion, stratégies mentales pour tenir.
Peu à peu, l’ambiance s’étiole. Les ambiguïtés du couple refont surface : s’aiment-ils vraiment, quelles sont les limites de leur engagement, pourquoi sont-ils ensemble ? Ils apparaissent de plus en plus différents, presque étrangers l’un à l’autre. Le dispositif prend alors une dimension de capitalisme expérimental, où l’endurance psychologique et affective devient une monnaie d’échange. Le couple se transforme en micro-système soumis à des règles, à des incitations financières et à des choix biaisés, révélant moins un amour mis à l’épreuve qu’un individualisme latent, chacun cherchant avant tout à optimiser sa survie personnelle plutôt qu’une réelle communion.
Un jour, un objet vient troubler cet équilibre fragile : un revolver chargé apparaît dans la pièce. Ne comprenant ni sa fonction ni son sens, ils décident de le cacher. L’arme devient une présence silencieuse, latente, inquiétante. Le dispositif prévoit deux « cadeaux » en cas de détresse psychologique, chacun coûtant cent mille dollars, et ces demandes vont rythmer le film. Mike, artiste, demande d’abord une craie grasse verte et commence à dessiner sur les murs immaculés, comme une tentative de réappropriation de l’espace. Plus tard, au plus bas, il demande la présence d’une femme. Ce point reste flou : est-ce une escorte ? Elle se présente comme actrice et affirme être là pour briser la normalité pesante qui s’est installée entre le couple.
Son arrivée désoriente profondément leur dynamique. Kate ne comprend pas cette demande. Simone, très libre, expansive, introduit une tension supplémentaire. Loin d’apaiser la situation, elle attise l’incompréhension, les non-dits et le malaise. Kate finit par demander des ecstasy. S’ensuit une séquence sous drogue où les trois personnages se livrent et s’ouvrent les uns aux autres, dans un passage très caricatural : musique soudaine, lâcher-prise appuyé, codes attendus de la scène psychédélique.
Mike fait un bad trip. Simone quitte la pièce. Le couple s’enfonce alors dans le désarroi et la dépression. Les jours s’enchaînent, les repères se brouillent. Lors d’une dispute violente, Kate projette Mike au sol ; il se blesse à la tête et saigne. Mike veut partir, mais Kate refuse : partir, c’est perdre les vingt-cinq millions. À bout, il se dirige vers la porte. Kate le menace avec le revolver et tire en l’air, mais Mike sort malgré tout. Plus tard, dans une sorte d’épilogue, ils se croisent par hasard dans la rue. Kate a réussi à aller au bout de l’expérience et semble avoir touché son million de dollars.
L’idée du film est intéressante, mais le visionnage reste difficile tant l’ennui s’installe. Le lieu, intrigant visuellement, est mal exploité et reste étonnamment plat. Les acteurs s’en sortent bien, et la relation du couple, faite de sous-entendus et de non-dits, est crédible. Elle reflète celle de beaucoup de gens : être ensemble, mais profondément seuls. Réduits à partager un même espace sans échappatoire, ils semblent surtout s’ennuyer l’un avec l’autre. Le passage avec l’actrice paraît anecdotique, celui avec les ecstasy encore plus caricatural. Le film est aussi très asexué : Kate refuse longtemps toute intimité physique pour préserver son espace personnel. Tout au long du récit, elle agit avant tout pour elle-même, et la fin vient confirmer cette logique. Certaines idées intriguent, mais l’ensemble manque de résonance émotionnelle : on observe les participants sans réellement ressentir ce qu’ils vivent, comme si le dispositif, censé provoquer une immersion mentale intense, finissait paradoxalement par tenir le spectateur à distance.