Réal britannique inégal - et inactif depuis plus de 15 ans - dont j'ai bien aimé le premier long "Love Is the Devil: Study for a Portrait of Francis Bacon" mais pas vraiment "The Edge of Love" malgré son fort joli casting (autour de la même Keira Knightley), John Maybury chassait sur les terres de David Cronenberg autant que de Terry Gilliam ("L'armée des 12 singes" en particulier, avec un Daniel Craig pré-James Bond dans le rôle de Brad Pitt) avec "The Jacket", drame psychologique assez inclassable à la croisée de la SF glauque, du thriller surnaturel fantasmatique et de la romance contrariée, qui télescope solitude des grands traumatisés, mal-être viscéral et fatalité.
Adrian Brody y incarne un vétéran de la guerre du Golfe atteint d'amnésie, qui au début des années 90 donne un coup de main à une femme et sa fille en panne sur le bord de la route avant de croiser le chemin d'un criminel qui le laissera pour mort au côté du cadavre d'un policier, le protagoniste se trouvant dès lors accusé du meurtre de ce dernier et interné dans un asile psychiatrique aux méthodes déshumanisantes. L'une d'elles, consistant à doser le "patient" avec une drogue expérimentale et l'enfermer la nuit en camisole de force dans un tiroir de morgue pour le priver de ses sens, va avoir un effet inattendu sur le bonhomme : le faire voyager de 15 ans dans le futur pendant une brève période de temps, en quête du seul témoin capable de l'innocenter, une certaine petite fille devenue jeune femme un peu paumée (Keira Knightley) avec laquelle il semble avoir développé une inexplicable connexion...
Peter Deming le chef op' de "Mulholland Drive" et "Lost Highway" est à la photo, Brian Eno à la musique, autant dire que le résultat est sensoriel et incarné, dans la continuité du susnommé "Portrait of Francis Bacon" mais la distance arty en moins et l'émotion en plus. Un lointain cousin de "L'échelle de Jabob" sur fond d'atmosphère enneigée, moins horrifique mais particulièrement élégiaque et pétri de mélancolie, auquel la grande Jennifer Jason Leigh apporte une humanité bienvenue.