The Killer
7.6
The Killer

Film de John Woo (1989)

« I thought those I killed deserved to die. » AH JONG

John Woo, célèbre réalisateur hong-kongais, a rencontré de sérieuses tensions avec le producteur Tsui Hark lors de la post-production de Le syndicat du crime II. Le premier montage du film a été jugé trop long par les studios, ce qui a conduit John Woo et Tsui Hark à travailler séparément sur des versions distinctes du montage. Tsui Hark, insatisfait du travail de Woo, a estimé que ce dernier avait ruiné le film. Il a même demandé au producteur Terence Chang de renvoyer John Woo du studio Film Workshop. Quand Terrence Chang a refusé, Tsui Hark a commencé à rejeter systématiquement les nouvelles propositions de longs-métrages de Woo, créant ainsi un fossé entre les deux hommes.

Après les tensions sur Le syndicat du crime II, John Woo propose tout de même à Tsui Hark l’histoire de The Killer, un film qu’il avait lui-même écrit. Cependant, Tsui Hark a refusé l'idée, arguant que personne ne veut voir un film sur un tueur.

Après que Tsui Hark ait cessé de soutenir financièrement John Woo, ce dernier a dû se tourner vers d'autres sources de financement pour concrétiser son idée. C’est alors que deux acteurs majeurs de l’industrie hong-kongaise : Chow Yun-Fat et Danny Lee, sont intervenus pour aider John Woo à faire aboutir son projet. Grâce à leurs sociétés de production respectives : la Golden Princess Film et Magnum Films, ils ont permis à The Killer de voir le jour.

En plus de leur soutien financier à travers la Golden Princess Film et Magnum Films, Chow Yun-Fat et Danny Lee héritent également des deux rôles principaux, renforçant ainsi leur implication dans le projet. Chow Yun-Fat incarne le personnage central, Ah Jong, un tueur à gages au grand cœur cherchant à se racheter après avoir accidentellement blessé une chanteuse innocente lors d'une mission.

Danny Lee, de son côté, joue l'inspecteur Li Ying, un policier déterminé à traquer Ah Jong, mais qui finit par développer une relation complexe avec lui, empreinte de respect et d'admiration. Cette dynamique entre les deux personnages, le tueur en quête de rédemption et le policier aux valeurs rigides, est au cœur de l’intrigue du film.

Le choix de confier ces rôles à Chow Yun-Fat et Danny Lee était un pari gagnant, non seulement parce que les deux acteurs partageaient une grande alchimie à l’écran, mais aussi parce qu’ils avaient investi dans le film et croyaient en la vision de John Woo. Leur performance intense et émotive a joué un rôle majeur dans le succès du film, qui est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma d'action et un exemple de la capacité de John Woo à mêler action stylisée et drame profond.

喋血雙雄 ou The Killer est sorti en 1989 à Hong Kong. Cependant, il a fallu attendre six ans, en 1995, pour que le film arrive en France. Ce décalage s’explique par plusieurs facteurs, notamment la distribution limitée des films asiatiques en Occident à cette époque et le manque d'intérêt initial pour le cinéma hong-kongais en dehors des cercles spécialisés.

Quand The Killer est finalement arrivé en France, il a été accueilli avec enthousiasme, grâce à la réputation que John Woo avait déjà acquise à l’étranger. Le public français a été captivé par le style unique de John Woo, mêlant scènes d'action chorégraphiées, violence stylisée et thématiques morales profondes. Depuis, The Killer est devenu un classique, tant en France qu'ailleurs dans le monde, reconnu pour son influence sur le cinéma d'action moderne.

Les deux personnages principaux, Ah Jong et l'inspecteur Li Ying, sont dépouillés de toute backstory ou caractérisation approfondie, se réduisant essentiellement à leurs rôles fonctionnels de tueur à gages et de policier. Leur humanité et leur complexité sont exprimées non pas à travers des récits personnels, mais par leur opposition et leur complémentarité, symbolisées visuellement par leurs costumes. Tout au long du film, les deux hommes sont habillés en noir avec des touches de blanc, ou inversement, évoquant un motif de Yin et Yang. Ce choix vestimentaire reflète leur dualité, où chacun incarne des valeurs contraires (la justice et la rédemption), mais finit par reconnaître l’humanité de l’autre, transcendant ainsi leurs différences professionnelles.

Le thème central repose sur la relation de perpétuelle opposition et admiration mutuelle entre les deux protagonistes, Ah Jong et l'inspecteur Li Ying, une dynamique qui incarne toute la mécanique narrative de John Woo. Le film explore cette dualité constante entre deux hommes issus de mondes opposés, mais qui, au fil de l'histoire, développent un respect profond l'un pour l'autre. Cette relation complexe, où la rivalité se mêle à une forme de fraternité silencieuse, est un motif récurrent dans le cinéma de John Woo, qui construit ses récits autour de la tension entre devoir professionnel et loyauté personnelle. Cette admiration mutuelle sert de moteur narratif et émotionnel, renforçant les thèmes de l'honneur, de la rédemption et du sacrifice qui traversent l'œuvre du cinéaste.

C’est également un film sur la loyauté mis en exergue à travers ses scènes de gunfights furieux et violents. Les personnages, qu'ils soient tueurs ou policiers, sont guidés par un code d'honneur qui transcende leurs rôles respectifs, et c'est au cœur de cette violence stylisée que leurs valeurs de loyauté s'expriment. Les gunfights, chorégraphiés comme des ballets d'action, ne sont pas de simples démonstrations de brutalité, mais des moments où les personnages révèlent leur engagement, que ce soit envers leurs amis, leurs idéaux ou même leurs ennemis. La violence devient alors une forme de communication, un langage à travers lequel la loyauté et le respect se manifestent dans un monde où les mots échouent à décrire des liens profonds et complexes.

John Woo imprègne son film d'un romantisme omniprésent, amplifiant chaque regard et soulignant chaque réplique avec une intensité dramatique qui invite à une profonde implication émotionnelle, à condition d'adhérer à son style et à l'outrance de certaines scènes. Son approche mélodramatique, souvent marquée par des ralentis et des échanges de regards lourds de sens, transforme même les séquences d'action en moments d’émotion pure, où les enjeux moraux et humains des personnages sont exaltés. La participation de Sally Yeh, dans le rôle d'une chanteuse aveugle, vient renforcer cette dimension romantique et tragique. Son personnage devient à la fois le symbole de l'innocence blessée et l'élément déclencheur de la quête de rédemption du héros, ajoutant une touche de vulnérabilité et d'émotion dans cet univers de violence.

Lowell Lo, compositeur de la bande-son, apporte une contribution magnifique et essentielle à l'atmosphère du film. Sa partition renforce le romantisme dramatique et la tension émotionnelle qui imprègnent chaque scène. Lo parvient à capturer l’essence des personnages et des relations à travers des mélodies poignantes, en particulier dans les moments de vulnérabilité, de réflexion, ou lors des confrontations violentes. Sa musique accompagne avec élégance les gunfights stylisés et les séquences de tension, tout en accentuant le tragique de l'histoire. La bande-son de Lowell Lo joue ainsi un rôle crucial, amplifiant l’intensité émotionnelle du film et contribuant à son caractère épique et romantique.

The Killer de John Woo est bien plus qu'un simple film d'action ; c'est une œuvre cinématographique riche en émotions, explorant des thèmes profonds tels que la loyauté, l'adversité et la rédemption. À travers la dynamique complexe entre les personnages de Ah Jong et de l'inspecteur Li Ying, le film illustre la lutte entre le devoir et l'humanité, renforcée par des séquences d'action intenses et chorégraphiées avec soin. Le romantisme omniprésent, soutenu par la magnifique musique, élève l'œuvre au-delà de la violence, créant une expérience immersive qui touche à la fragilité des relations humaines. En combinant ces éléments, The Killer s'impose comme un chef-d'œuvre du cinéma hong-kongais, marquant une étape essentielle dans la carrière de John Woo et laissant une empreinte indélébile sur le genre de l'action.

StevenBen
8
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le 14 oct. 2024

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Steven Benard

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