Je trouve qu'il a fait fort Sono avec ce film qui traite d'un sujet assez casse-gueule : le post-catastrophe nucléaire et tsunami. Le choix de partir de l'humain, de trois portraits de trois couples différents, de leurs problèmes particuliers qu'ils affrontent par rapport à leur existence bouleversée. C'est souvent très tendre, et le spectateur rentre rapidement dans une douce empathie.
Un film tranquille et doux, avec le choix de montrer avec humour l'absurde, le mensonge véhiculé par les medias (l'état?), la destruction, les radiations et la mort, qui permet de pointer les choses difficiles sans tomber dans le larmoyant.
Bon... Juste le piano poussé à fond pendant les scènes tristounes, c'est too much. Chiant, et tellement, que ça me coupait l'émotion (mais ça marchait pour mes voisins de gauche et droite : une femme, un homme, à chouiner pendant 2h... Sisi !).
Mais les personnages sont terriblement attachants. La femme qui se cosmonautise pour protéger l'enfant qu'elle porte des radiations, la jeune femme qui entraîne son petit ami dans les zones interdites à forte radiation pour retrouver une trace de ses parents, le couple de vieux qui refuse de partir de cette maison où ils ont toujours vécu.
L'amour, la tendresse, la complicité, l'espoir... qui s'accrochent à chacun de leurs pas.
C'est beau.
Ça donne envie de les tenir par la main. De leur faire un câlin. Et de dire aux idiots qui les empêchent de faire comme ils veulent de se taire.
Des images plutôt chouettes, poétiques, surtout dans le tragique : les images de la ville détruite, abandonnée, avec la neige, les enfants-fantômes, la danse de la moisson (ou truc du genre), les traces de pas (l'un après l'autre, un pas un pas, on avance). L'image de l'étable, avec toutes les vaches qui ruminent tranquillement, source de vie, de sérénité, de survie. L'appartement recouvert de papier-bulle pour empêcher les radiations d'entrer.
Bref : des plans qui sont forts, parlent directement aux sens, pas besoin de réflexion.
Sono a fait, pour moi, un très bon film sur les difficultés de vivre malgré la destruction, malgré la condamnation, s'aveugler pour avancer. Avec l'espoir, tout de même, toujours.
Cela dit, je reconnais également qu'il est un peu long, Sono Sion répète souvent des moments, rappellent des choses, ou les fait traîner. Ce n'est pas redondant ou comme une vérité martelée, mais ça ralentit le rythme, et nous fait entrer dans une atmosphère légèrement somnolente (peut-être que le voir en pleine digestion ne facilite pas la concentration non plus).
Je suis extrêmement étonnée de l'écart entre Land of Hope et Guilty of Romance, c'est intrigant de voir un réalisateur faire deux films si différents, et si réussis. Et ça fait du bien.