Le cinéma de Sono Sion arrivé à maturité ?
Depuis sa percée en 2002 avec le cultissime Suicide Club, Sono Sion nous avait habitués à des radioscopies-fleuves de la société nipponne en perdition, repoussant constamment les limites de l'immoralité, de la violence physique, de la dépravation sexuelle, et quelques autres broutilles de cet acabit. En gros, du cinéma aussi dense que déglingué, tantôt à fleur de peau, tantôt délicieusement cynique, dont les meilleurs exemples sont ses deux chefs-d'oeuvres Suicide Club 0 (Noriko no Shokutaku) et Love Exposure (Ai no Mukidashi). Avec The Land of Hope (Kuni no Kibou), le fou au chapeau nous revient... assagi, presque solennel, débarrassé de ses habituels caprices narratifs et excès visuels, et livre son film le plus classique. Sans doute cela a-t-il un lien avec le sujet, l'après-tsunami de Sendai, qui a tué plus de 15 000 personnes en mars 2011...
The Land of Hope est la narration parallèle de six destinées, trois couples touchés directement par la tragédie, appartenant à des générations très différentes : un couple de lycéens revenant sur les lieux dévastés à la recherche des parents de la fille, évidemment emportés par la vague ; un couple de trentenaires dont l'épouse confrontée aux dangers des radiations perd progressivement la tête et ne sort qu'en combinaison ; un couple de septuagénaires dont le mari refuse de quitter la propriété familiale, arbitrairement placée dans la Zone Interdite, en grande partie à cause de son épouse, touchée par la maladie d'Alzheimer - il est intéressant de noter que l'essentiel du drama passe par la gent féminine.
Comme tous les films choraux, The Land of Hope souffre d'une certaine inégalité, Sono Sion s'avérant bien moins inspiré par la vadrouille adolescente que par le douloureux dilemme du patriarche retraité. Pas de panique : ce dernier fait oublier les quelques cafouillages d'écriture, formidable personnage interprété de façon bouleversante par le génial Natsuyagi Isao (décédé il y a quelques jours...), figure parfaite du patriarche déterminé à qui la vie a appris le sens et le poids de la responsabilité. Le filmage de la désolation authentique produit fatalement son effet, mais ce sont leurs scènes, à lui et son épouse retombée en enfance, qui émeuvent aux larmes, chaleureuse poésie que l'on voit vaciller dans de très belles scènes, sous le vieux bois, sur la neige passée, dans les flammes.
Au milieu, l'intrigue des trentenaires et son odyssée souvent drôlatique d'épouse en plein barrage en sucette (épatante Kagurazaka Megumi, qui brillait déjà dans Guilty of Romance), apporte une contrepoint comique plutôt bienvenu, qui épargne au spectateur des frais de psychanalyste. Elle rappelle au passage qu'on est bien dans un film de Sono Sion. En plus assagi, simplement. Assagi, mais lui aussi déterminé.