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Fuck Thatcher !
Tourné en Super 8 et en vidéo par impératif économique mais aussi en réaction au professionnalisme inhibant de l'industrie cinématographique, The last of England prend la forme d'un poème filmique...
le 21 juin 2017
Une œuvre erratique, kaléidoscopique, au montage azimuté mêlant un amas d’images d’une puissance pour le moins stupéfiante. Derek Jarman, fidèle à sa réputation de cinéaste underground, s’attèle à filmer les laissés-pour-compte de la nation britannique par le truchement d’un découpage opérant sur tous les fronts : triturant ses plans dans leur raccord et leur enchaînement, scandant et superposant les sons et autres riffs métalliques, confrontant une prose impeccablement prononcée à des visions éthérées de journal de bord évoquant le mouvement beat ou la poésie rimbaldienne The Last of England fait l’effet d’un film redoutable dans sa capacité à ouvrir les portes d’autres perceptions.
Purement expérimental, sincère et bien moins provocateur qu’on ne le croit cet essai finement élaboré prend donc pour toile de fond le climat de terreur sévissant en Grande-Bretagne à la fin des années 80. Jarman y appose le regard aimable qu’il porte sur l’homosexualité, explicitant visuellement le combat qu’il mènera jusqu’à son ultime film – le bien-nommé Blue, film-aveugle qui retranscrit solennellement la séropositivité de son auteur… The Last of England, sans pudibonderie mais avec un sens de la sophistication impressionnant d’efficacité, esquisse en filigrane la misère et la violence des années Thatcher et de l’IRA. En ce sens sa largesse baroque, héritée du cinéma symbolique et hautement musical de Kenneth Anger ( on pense notamment au mémorable Fireworks au regard du film de Derek Jarman ) s’oppose courageusement à la politique rigoriste de la dame de fer, pulvérisant l’ordre établi le temps d’un métrage.
Voilà donc un pavé, un brûlot, aux accents apocalyptiques pour le moins prégnants. Certaines images agressent pleinement nos yeux, quelques flottements sont à déplorer et l’ensemble reste un brin déséquilibré mais l’hypnose endurcie générée par ce maelström fort et stimulant porte la marque des très grands. Je compte bien me jeter à corps perdu dans l’œuvre souterraine et controversée du brillant Derek Jarman, ayant réellement apprécié ce poème tourné entre fumée, gravats et voiles en tous genres. Excellent !
Créée
le 21 juil. 2017
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