Genji Sokabe (Hakuryû) est un yakuza de l'ancienne école, véritable tête brûlée aussi incontrôlable que violent, qui ne semble obéir qu'à Hino (Hiroki Matsukata), le boss de la famille Rendô-kai, à qui il voue une loyauté sans faille. Ce dernier, qui lui doit sa place à la tête de l'organisation criminelle, lui rend d'ailleurs bien, en couvrant tous ses dérapages et en repoussant sans cesse une issue que l'on devine inéluctable, tant Sokabe s'est fait d'ennemis depuis sa sortie de prison.
Il y a du Kitano (Outrage) dans ce Toei V-Cinema de bonne facture, pour les scènes d'action et le personnage presque mutique mais surtout un côté nihiliste et autodestructeur dans ce yakuza enragé comparable aux protagonistes de Graveyard of Honor (l'œuvre originale est de Fukasaku en 1975, Miike en fera un remake en 2002), l'addiction à l'héroïne en moins. Chronologiquement on pourrait même avancer que Miyasaka livre le premier remake du film mythique de 1975, toutes proportions gardées.
Si le film semble parfois traîner en longueur (Fukasaku avait expédié son sujet en 1h34) et s'encombre de quelques scènes superflues -- notamment dans la deuxième moitié -- qui cassent un peu le rythme nerveux du récit, c'est parce que d'autres scènes sont absolument anthologiques et transcrivent une tension dingue, comme par exemple lorsque Sokabe est refoulé d'un bar à hôtesses à cause d'une ardoise non réglée, part braquer une salle de jeux, revient dans le bar en tabassant les videurs et en jetant des billets au visage du manager avant de monter sur les tables pour pisser sur les clients et de violer brutalement, devant une assistance médusée, l'hôtesse dont il s'est amouraché. Il faut dire qu'elle venait de le traiter de monstre, à quoi il lui a répondu « on va voir » avant de lui arracher ses vêtements. Ah oui ce n'est pas de la romance à la Claude Lelouch, d'autant qu'en guise de dédommagement envers le gang rival il ne peut s'empêcher de flinguer deux autres types après leur avoir remis une enveloppe de billets. Hakuryû est très bon dans l'incarnation de cet anti-héros qui détruira tout sur son passage, à commencer par lui-même et les rares êtres qui lui sont chers (l'hôtesse, son jeune ami peroxydé, et le vieux briscard devenu restaurateur). Il est toujours sympa de retrouver un Matsukata mature et très crédible en chef de gang, d'autant que sa loyauté envers son fidèle soldat et la position délicate dans laquelle il se retrouve rendent le développement plus intéressant.
Un film méconnu qui ne décevra pas les amateurs du genre.
[7/10]