''The master'' – 1992 de Tsui Hark avec Jet Li constitue le chaînon manquant dans la carrière de Li entre Hong-Kong et Hollywood. Il s'agit d'une transposition littérale et naïve des tropes du film de kung-fu dans un cadre étatsunien, ce qui donne un résultat parodique et burlesque. Presque tout y est improbable, innocemment à contre-pied, ce qui fait toute la saveur de ce métrage à voir en VO sous-titrée pour saisir les gags d'incompréhension linguistique – ceci dit, la version doublée en français, en annihilant la source des gags, y gagne en absurdité, ce qui serait presque un plus.
Les combats misent davantage sur la casse et sur la castagne brute que sur les chorégraphies sophistiquées, en tous cas pas de câble à l'horizon, ni d'effets spéciaux. Beaucoup de verre brisé, donc, et de sang versé – on est aux States, merde ! Au milieu de ce bordel, Li, toujours poli, toujours lisse et souriant fait merveille dans le genre puceau doué d'une sagesse martiale et bienveillante – sauf avec les dames qu'il brutalise comme des potes de chambrée. La leçon de conduite vaut son pesant de kumquats.
Ce métrage hilarant bénéficie du syndrome de la tarte Tatin : recette accidentellement réussie – pour les inconditionnels de Jet Li, on l'aura compris.
Nota : il n'est finalement pas totalement absurde génétiquement que des latinos descendant d'amérindiens se reconnaissent dans un chinois de Hong-kong si l'on se replace dans le temps long et que l'on se souvient que le continent américain a été peuplé par des populations asiatiques franchissant le détroit de Béring lors de la dernière glaciation. Culturellement c'est évidemment autre chose...