À l’instar de ce qu’elle a déjà réalisé avec le western, Kelly Reichardt déconstruit totalement le film de braquage avec The Mastermind, titre hautement ironique, s’il en est. Avec le même bonheur ? Cela se discute tant le film use d’un ton monotone, mélancolique, si l’on veut, sans chercher un peu de variété, voire d’humour, dans cette histoire d’anti-héros du Massachusetts, dont on devine les motivations sans qu’elles nous soient clairement expliquées. Mais tout passe par l’atmosphère créée avec talent par la cinéaste, celle des années 70 aux États-Unis, en pleine guerre du Vietnam, avec les manifestations pacifistes durement réprimées par la police. L’évocation de cette période, via la radio, les journaux ou encore la trompette ou les percussions jazzys de sa BO, est la grande réussite du film, davantage que l’intrigue, un tantinet apathique, tout de même. Josh O’Connor livre une belle prestation, dans une sobriété qui passe par une sorte d’inexpressivité, en plein contraste avec sa lente déchéance. The Mastermind exige de la patience et une attention soutenue à une foultitude de détails signifiants. Tout à l’opposé du cinéma démonstratif qui tisse habituellement sa toile sur les écrans. Certainement qu’un deuxième visionnage du film susciterait plus de plaisir, en se concentrant sur toutes ses subtilités.