The Monkey
5.2
The Monkey

Film de Oz Perkins (2025)

« Tout le monde meurt, et c’est la vie ! »

L’un des plus grands plaisirs que l’on puisse ressentir au cinéma, c’est de se retrouver devant un film qui n’a rien à voir avec ce que l’on pensait qu’il serait : ce genre de surprise n’a pas de prix, tant, après des décennies de cinéphilie, on s’ennuie vite devant l’exécution, même réussie, de recettes rabâchées, usées. Et finalement, la qualité intrinsèque du film devient moins importante que les surprises qu’il nous réserve. Aller voir un film comme The Monkey, l’histoire d’un jouet maléfique qui déclenche la mort autour de lui, d’après une nouvelle de Stephen King publiée en France dans le recueil Brume, avec James Wan à la production, c’est s’attendre à une certain « genre » de cinéma, parfois divertissant, souvent calamiteux, mais finalement très codé.

Evidemment, le nom d’Osgood Perkins (ou Oz Perkins) à la réalisation intrigue : le fils d’Anthony Perkins (et frère d’Elvis Perkins, le musicien) s’est déjà fait une solide réputation d’auteur disruptif, en particulier avec son film Longlegs. Cette fois, il approche The Monkey d’une manière particulièrement iconoclaste, qui va transformer un projet assez convenu au départ en grand WTF. Car King, fidèle à ses sujets de prédilection, travaille dans sa nouvelle, à travers cette « malédiction » classique de jouet déclencheur du « mal », des sujets aussi complexes que la culpabilité refoulée d’un père ayant souhaité la disparition de son enfant, ou, par effet miroir, l’impact chez l’enfant du contrôle de son instinct de destruction et du rapport de cette frustration avec la créativité artistique. Ce sont là de bons moteurs pour faire un film intéressant, et riche, mais Perkins s’approprie totalement l’histoire pour lui faire raconter ce qui lui importe, à lui, personnellement.

« Everybody dies, and that’s life. » : cette phrase répétée par la maman des jumeaux Hal et Bill (Christian Convery quand ils sont enfants, Theo James quand ils sont adultes…), personnage burlesque mais solaire, porteuse d’une énergie vitale magnifique dans son humour noir, définit parfaitement le film de Perkins. Alors qu’on pense d’abord regarder The Monkey comme une version joyeusement trash et gore de la série Destination Finale, il se révèle plutôt une tentative de conjurer la peur qu’ont les enfants de voir mourir leurs parents ou les parents de perdre leurs enfants, par exemple dans un accident aussi injuste qu’inexplicable et inévitable. Morte dans l’un des avions détournés et jetés par les terroristes contre le World Trade Centre, Berry Berenson, la mère d’Osgood et d’Elvis, est donc ramenée à la vie dans le film de son fils, avec cette question, à laquelle nul ne saurait répondre, sur la cruauté infinie du hasard (Impossible d’ailleurs de ne pas rire à la représentation dans le film de l’incapacité pitoyable de la religion à apporter une réponse pouvant apaiser la douleur de « ceux qui restent » !). Nous n’avons par contre pas assez d’éléments pour savoir si la relation conflictuelle opposant les deux jumeaux dans le film est de quelque manière que soit une recréation de la réalité des rapports entre Elvis et Osgood, mais il faut bien remarquer que dans le texte de Stephen King, il n’y a pas de frères jumeaux…

Au delà de ces éléments très personnels qui font finalement de The Monkey un véritable « film d’auteur », il est tout à fait possible de le regarder comme une comédie foutraque, excessivement gore, peuplée de personnages grotesques et décalés, avec des acteurs qui s’amusent visiblement énormément : on pense à l’excellent prologue, avec un Adam Scott qui semble ravi de sortir de l’univers de Severance, ou encore à la scène hallucinante avec Elijah Wood en « expert de la paternité », deux exemples de moments où le film correspond tout à fait et aux ambitions de Perkins et à nos attentes.

Tout n’est pas malheureusement aussi réussi, et après une première partie foudroyante, The Monkey s’enlise dans une histoire pas très bien écrite, maladroite, gâchant la pertinence du propos du film : on enrage en se disant qu’on est passé à côté d’un vrai bon film, et qu’on n’a finalement qu’un OFNI bancal. Heureusement, l’excellente dernière scène, organisant une rencontre spectaculaire avec la Mort dans ses oripeaux mythiques, fait qu’on sort de la salle avec un sentiment très positif. Et qu’on surveillera désormais avec intérêt la trajectoire d’Osgood Perkins.

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2025/02/20/the-monkey-de-osgood-perkins-tout-le-monde-meurt-et-cest-la-vie/

Eric-Jubilado
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 20 févr. 2025

Critique lue 328 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 328 fois

8
5

D'autres avis sur The Monkey

The Monkey

The Monkey

7

22sur20

129 critiques

THE MONKEY : 14/20

Oublie la nouvelle de Stephen King qui t’aurait empêché de te lever la nuit pour aller pisser, Osgood Perkins, le réalisateur, a voulu proposer quelque chose de complètement décalé et volontairement...

le 18 févr. 2025

The Monkey

The Monkey

1

LIAMUNIX

49 critiques

Singement mauvais

Il y a une scène dans Toy Story 3 où un singe mécanique aux cymbales scrute les couloirs d'une garderie sur des écrans de surveillance, les yeux exorbités, les dents serrées dans un rictus permanent...

le 20 févr. 2025

The Monkey

The Monkey

6

Behind_the_Mask

1467 critiques

Ce magicien d'Oz ?

Après le succès de son Longlegs, l'annonce d'un film d'Oz Perkins a au moins la capacité de rendre curieux, voir impatient. Tandis que l'objet de la possession, un singe en peluche jouant du tambour,...

le 25 févr. 2025

Du même critique

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6825 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6825 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6825 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020