Il parait, nous dit le carton d’ouverture, que le film est basé sur une histoire vraie. Bordel, qu'est ce que j'aimerais bien en savoir plus à ce sujet…
The Mule est une comédie noire, visiblement passée sous les radars, réalisée par Angus Sampson et Tony Mahony, écrite par Sampson avec Jaime Browne et Leigh Whannell. C’est l’histoire d’un pauvre type, fils à sa maman dans l’Australie de 1983, qui s’en va en Thaïlande pour servir de mule et ramener 500 grammes d’héro, coulé dans des petits pochons planqués dans son ventre. Arrivé à l'aéroport de Melbourne, le type panique, abandonne sa valise, se fait repérer, refuse les rayons X et termine dans une chambre de motel, sous l’œil méfiant de policiers. C'est le début d'une semaine de garde à vue, le temps qu’il expulse ce qu’il a dans le bidon. Mais le type refuse d’aller au pot. Il garde tout... Commence alors une lutte autour du caca qui ne sort pas entre ce gros droopy dépressif joué avec beaucoup de talent par Angus Sampson (l’Organic echanic de Fury Road/Furiosa) et les deux inspecteurs joués par Ewen Leslie et par le truculent et géniallissime Hugo Weaving. Gravitent autour d’eux une jeune avocate et les "amis" mafieux du pauvre hère constipé.
D’emblée, le film se positionne sur le terrain de la comédie, et c’est effectivement hyper drôle, avant de progressivement virer au sordide. Et même en sombrant dans le dégueulasse, le film réussit l’exploit de rester drôle jusqu’au bout ! C’est que c'est merveilleusement bien écrit, les blagues font mouche et la reconstitution de l’époque a été pensée de manière particulièrement futée. Ça passe par les décors (merveilleux rideaux de la chambre du motel), la bouffe (c’est aussi appétissant que le sujet du film est ragoutant), la façon dont les personnages s’expriment (les intimidations et remarques sexistes que fait constamment le flic joué par Weaving à la jeune avocate blonde), un peu d’australiana (le clin d’œil au sketch Australia d’Austen Tayshus qui venait de sortir) et puis il y a, en parallèle du récit, la course de l’America Cup... Cette course est devenue historique dans le pays puisqu’elle a vu le yacht Australia II remporter contre toute attente la victoire en mettant fin à plus d’une centaine d’année de domination américaine. Le parcours incroyable et la revanche, in fine, de l’underdog apparaît, bien évidemment, comme une métaphore évidente. Doté d’un paquet de blagues hilarantes, The Mule est une comédie caca boudin jamais vulgaire mais qui explore frontalement son sujet. Pudique mais sans détourner le regard, tour à tour emprunt d’une mélancolique (en un seul mot) émouvante, le film est à la fois une farce burlesque mais aussi un huis clos qui serre les tripes et tord les boyaux. Ils auraient juste pu faire pondre un petit film consternant, un truc à peine rigolo pataugeant dans l’outrance obscène de son sujet, mais Sampson, Mahony et Whannell ont fait beaucoup mieux que ça. Alors certes, The Mule ne restera peut-être pas dans les annales du cinéma australien, mais c’est bien dommage car il mérite une petite place aux côtés des plus grandes œuvres tragicomiques consacrées aux affres et aux tourments de la comédie humaine.