Qui est le film ?
En 2018, The Old Man and the Gun arrive discrètement dans la filmographie de David Lowery. Après l’abstraction endeuillée de A Ghost Story et avant la fresque arthurienne de The Green Knight, ce film semble modeste : il raconte l’histoire réelle de Forrest Tucker, gentleman cambrioleur, éternel évadé, interprété par un Robert Redford crépusculaire, dans ce qui fut annoncé comme son dernier rôle majeur.
L’annonce est déjà une clef : The Old Man and the Gun n’est pas seulement un film sur la vieillesse, c’est un film sur le retrait, sur l’art de sortir du cadre sans fracas. Il promet un polar, mais nous offre autre chose : une élégie légère, une fugue.
Que cherche-t-il à dire ?
Lowery ne filme pas un braqueur : il filme un style de vie. Ce qui l’intéresse n’est pas tant la transgression que le panache, pas tant la fuite que le tempo avec lequel on le traque. Il s’agit moins de condamner ou d’absoudre que de comprendre comment un homme devient fidèle à un élan, même quand tout le reste s’arrête. La tension ne tient pas dans le rapport à la loi, mais dans la manière de durer dans un monde qui ne le donne pas d'autre place que celle qui s'est déjà trouvée. En cela, le film est une réflexion sur l’usure du temps et la résistance par le geste.
Par quels moyens ?
Dès les premières images, le film se love dans une palette dorée. C’est un crépuscule, mais un crépuscule consentant. Rien ici ne dramatise la vieillesse ; au contraire, elle est filmée avec cette lumière de fin d’après-midi qui fait paraître tout plus doux qu’il ne l’est. Cette photographie, signée Joe Anderson, est à l’image de Tucker : elle esquive la brutalité. On est loin des lumières coupantes du polar. Ici, le braquage a la couleur du souvenir.
Aucun mouvement de caméra ne vient souligner l’action. Quand Tucker braque, c'est avec passion. Quand il s’enfuit, ce n’est pas une course : c’est une promenade. La caméra ne le poursuit pas, elle l’accompagne. Cette légèreté volontaire fait basculer le film dans une autre temporalité. C’est un film qui refuse d’être pressé, même par son sujet.
Robert Redford joue sans effets. Il sourit, souvent. Il ne commente jamais ses gestes. Ce refus d’interpréter son propre mythe est bouleversant. Face à lui, Casey Affleck (flic fatigué, presque mélancolique) incarne une forme d’admiration. Leur relation, à distance, fait résonner l’idée que certains hommes ne s’arrêtent pas parce qu’ils vivent mieux en mouvement. Le film ne cherche pas le conflit : il lui préfère le contrepoint.
Daniel Hart compose une musique qui épouse le ton du film : légère, jazzy, parfois à peine là. Pas d’emphase, pas de crescendo dramatique. La musique semble elle aussi vouloir accompagner sans appuyer. Ce choix épouse parfaitement la logique du film. Il ne s’agit pas d’imposer une émotion, mais de la laisser se déposer.
Où me situer ?
Je suis entré dans The Old Man and the Gun en m’attendant à une dernière figure de hors-la-loi. J’y ai découvert un film sur le style comme ultime fidélité. Ce qui me touche, c’est la manière dont Lowery refuse la glorification tout en rendant hommage. Il filme un homme qui ne demande rien, qui ne réclame ni pardon, ni reconnaissance, seulement le droit de continuer d'avoir l'impression de vivre. Ce qui me trouble parfois, c’est l’absence de réelle prise de risque formelle. Le film est d’une modestie absolue, presque à la limite du fade.
Quelle lecture en tirer ?
The Old Man and the Gun est un film qui, en apparence, raconte une histoire simple. Mais cette simplicité est un masque. Ce que le film regarde vraiment, c’est la possibilité de vivre en dehors des récits attendus, de refuser à la fois la morale du repentir et celle du spectaculaire.