The Outrun
6.7
The Outrun

Film de Nora Fingscheidt (2024)

Ce n'est certes pas ce titre hermétique qui m'a attirée, mais une bande-annonce vue au cinéma, avant un autre film, et heureusement ! On y voyait la côte écossaise, saisie dans ce qu'elle a de sauvage et d'indomptable, et une actrice qui semblait au diapason de de paysage tourmenté. Et en effet, on se retrouve aux prises avec un personnage ingrat de jeune femme douce et éduquée qui devient une vraie purge quand elle a bu, et qui boit bien trop souvent. La première partie est éprouvante, parce qu'on n'assiste pas confortablement au sabotage d'une jeune vie, mais il faut bien saisir l'ampleur du désastre avant de s'attaquer à ses causes. Comment une jeune âme peut-elle en arriver là ? Démolir systématiquement un corps au demeurant éclatant de vie et une relation amoureuse avec un type qui semble mériter qu'on ne lui ruine pas ses chances de bonheur ? Évidemment, il y a un environnement familial derrière tout ça et le retour de l'héroïne sur les terres pelées de son enfance nous donne l'occasion de faire connaissance avec ses parents. Une mère dévote et un père bipolaire. Ne cherchez plus la cause de cette rage et de ce désespoir. Pourtant, ce sont de braves gens, mais la maladie mentale ne laisse de trêve à personne. Et voilà cette fille unique exposée aux tourments de ses malheureux aînés, mûrie précocement, essorée avant même d'avoir trouvé sa propre voie. C'est un événement particulièrement sordide qui va la pousser à se désintoxiquer. On découvre avec elle la difficulté du sevrage, la précarité de la détermination d'un alcoolique qui a pourtant touché le fond. Palpitant, donc. Mais moins que la troisième partie, celle de la reconstruction. Une femme seule face à elle-même, mais pas aussi isolée qu'on pourrait le penser, parce qu'elle a l'intuition salutaire de se reconnecter à la Nature, dont elle fait partie et qui la soutient. Et là, la manière de filmer de la réalisatrice fait des miracles, véritablement. Ses images établissent une relation organique entre les éléments et nous, avec puissance et douceur à la fois. Depuis le début, elle tisse une trame de sensations qui nous relient à celles que ses personnages éprouvent. La magie du cinéma au service d'une prise de conscience qui élève, ça n'arrive pas si souvent. Tout est réussi, dans ce parcours du combattant souffrant : la mise en relation des événements, la communion progressive avec la nature, liée à l'abdication par la force d'un point de vue égocentré, l'interprétation des acteurs, d'une justesse sidérante, l'usage de la musique et des sons naturels, le propos, qui ramène l'expérience humaine à ce quelle est vraiment - une tentative de déchiffrage du monde à travers les stimuli épars qui nous parviennent - et une délivrance finale héroïque et fragile qui donne beaucoup d'espoir sur l'issue de ce maelstrom déconcertant qu'est notre expérience du monde. Finalement, les âmes les plus fortes sont celles qui se forgent à travers les plus grandes épreuves et ce film dote d'une beauté rugissante les étapes de cette alchimie qu'on pourrait trouver cruelle, au premier regard. A ne manquer sous aucun prétexte, donc.

ChristineDeschamps
10

Créée

le 20 févr. 2026

Critique lue 27 fois

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