“L’essentiel en enfer est de survivre.” (Michel Audiard)

Rares sont les claques comme celles-ci, inattendues en festival (en compétition à la Mostra de Venise), dont on sort de séance aussi frissonnant.
Cette année, seul Les Misérables m'avait jusque là mis dans un état pareil. J'espère que ce sera le Lion d'Or, The Painted Bird en a en tout cas l'étoffe.
2e film du réalisateur Václav Marhoul, nous suivons l'errance d'un jeune enfant juif polonais, sorte de parcours initiatique qui le fera devenir un homme.
Découpé en chapitres, chacun correspondant à une rencontre décisive dans la vie du garçon. Le film pouvait se passer à n'importe quel moment du début du XXe siècle, la campagne polonaise et ses fermiers étant intemporels. Mais assez vite, la Seconde Guerre mondiale s'en mêle : d'abord les allemands, des griffes desquels il faut échapper en s'humiliant, et plus tard les soldats soviétiques qui lui enseignent le socialisme et le maniement des armes. Entre temps, le jeune est recueilli par un prêtre, vendu à un violeur, adopté par une femme zoophile,... Autant de rencontres qui forgent progressivement - imperceptiblement- le caractère du garçon, dont on découvre le nom dans un magnifique plan final : Joshua.
L'esthétique du film, sa lenteur (2h50 qu'on ne voit pas filer) et son Noir et blanc magnifique (digne d'un Roma) donnent au film un aspect poétique et métaphorique fort. La dureté de la vie aussi, avec ses barbaries de guerre, ses hommes abattus froidement, et la banalisation de la mort.
Je retiendrai du film deux scènes particulièrement marquantes. La première consiste en un acte violent vers le début du film où un vieil homme sort les yeux de l'amant de sa femme à la petite cuillère. La noirceur du film est posée.
La seconde est la scène dont l'affiche (internationale en tout cas) est inspirée. Le jeune garcon, malade, est enterré vivant par une sorcière-marabout, entouré par 4 feux de bois pour réchauffer et guérir son petit corps malade. Au matin, des corbeaux viennent lui picorer le crâne. Cette scène est autant terrifiante que sidérante.
Voilà l'un des films, qui je l'espère fera grand bruit à sa sortie, et comptera parmi les meilleurs de la décennie.

Créée

le 4 sept. 2019

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D. Styx

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