"Comment je me sentirai si c'était moi ?"
Pouvant s'inscrire dans la lignée de classiques comme «Carrie au bal du Diable» ou d'œuvres plus récentes comme «Morse» et «Un Monde», ce premier film signé par l'américain Charlie Polinger et se déroulant dans un camp de water-polo pour garçons au début des années 2000, s'avère être une plongée assez glaçante dans l'engrenage du harcèlement scolaire (un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur, ayant moi-même développé un court-métrage sur la même thématique. D'ailleurs, si jamais vous connaissez une boîte de production qui serait intéressée par un film de genre au sujet sociétal, faites-moi signe. En vous remerciant d'avance. Fin de la parenthèse).
Thriller horrifico-psychologique à l'ambiance formelle particulièrement soignée (à l'image de ses scènes aquatiques, hypnotisantes et oppressantes à la fois) et pouvant compter sur un casting de jeunes acteurs pour le moins prometteurs, Polinger nous y dépeint l'adolescence masculine comme une étape de transition (transformation des corps, éveil sexuel), mais aussi comme un âge fragile comme cruel, avec ses rituels cherchant à humilier et exclure celui qui s'avère être "différent" aux yeux du groupe.
Ici, la "peste" dont il est question dans le titre, est une métaphore de ce harcèlement de groupe, se propageant sur le corps du jeune Ben à mesure que les rumeurs sur sa personne grandissent et qu'il se retrouve de plus en plus moqué et rejeté par le reste de ses "coéquipiers".
Un protagoniste à l'écriture volontairement ambiguë, à la fois victime mais aussi complice "malgré lui" de cette même spirale paranoïaque et injuste qui s'auto-alimente et semble ne pas connaître de véritable issue.
Un personnage "différent" pas si différent des autres, craignant le rejet et voulant rester dans la meute.
Un personnage se retrouvant obsédé par ce que les autres peuvent penser de lui.
Un personnage tentant de garder la tête hors de l'eau, mais coulant progressivement, par la faute des autres, mais aussi un peu de la sienne.
Malgré 2,3 questionnements sur le déroulé de l'histoire (comme la quasi-absence d'adultes pour encadrer/surveiller tous ces mineurs) et une partie finale qui se termine un peu trop rapidement, trop facilement, et à laquelle il m'a manqué une touche de radicalité supplémentaire, «The Plague» reste un premier film sensoriel et solide, impeccablement mis en images, cernant et décortiquant avec justesse un fléau sociétal qui n'est pas prêt de s'épuiser, malheureusement.
Récompensée par le Grand Prix et le Prix du Public au dernier Festival de Deauville, cette œuvre immersive et dérangeante vient faire rimer marginalisation et contamination, et nous démontre une nouvelle fois que la période de l'adolescence constitue encore et toujours un terreau fertile pour le cinéma, tous genres confondus.
«Obsession» était le film horrifique du mois de mai. «The Plague» sera-t-il celui de ce mois de juin ? Il y a des chances. 7,5-8/10.