The Plague
6.7
The Plague

Film de Charlie Polinger (2025)

Les abîmes de l'adolescence abîmée

"Comment je me sentirai si c'était moi ?"


Pouvant s'inscrire dans la lignée de classiques comme «Carrie au bal du Diable» ou d'œuvres plus récentes comme «Morse» et «Un Monde», ce premier film signé par l'américain Charlie Polinger et se déroulant dans un camp de water-polo pour garçons au début des années 2000, s'avère être une plongée assez glaçante dans l'engrenage du harcèlement scolaire (un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur, ayant moi-même développé un court-métrage sur la même thématique. D'ailleurs, si jamais vous connaissez une boîte de production qui serait intéressée par un film de genre au sujet sociétal, faites-moi signe. En vous remerciant d'avance. Fin de la parenthèse).


Thriller horrifico-psychologique à l'ambiance formelle particulièrement soignée (à l'image de ses scènes aquatiques, hypnotisantes et oppressantes à la fois) et pouvant compter sur un casting de jeunes acteurs pour le moins prometteurs, Polinger nous y dépeint l'adolescence masculine comme une étape de transition (transformation des corps, éveil sexuel), mais aussi comme un âge fragile comme cruel, avec ses rituels cherchant à humilier et exclure celui qui s'avère être "différent" aux yeux du groupe.


Ici, la "peste" dont il est question dans le titre, est une métaphore de ce harcèlement de groupe, se propageant sur le corps du jeune Ben à mesure que les rumeurs sur sa personne grandissent et qu'il se retrouve de plus en plus moqué et rejeté par le reste de ses "coéquipiers".

Un protagoniste à l'écriture volontairement ambiguë, à la fois victime mais aussi complice "malgré lui" de cette même spirale paranoïaque et injuste qui s'auto-alimente et semble ne pas connaître de véritable issue.

Un personnage "différent" pas si différent des autres, craignant le rejet et voulant rester dans la meute.

Un personnage se retrouvant obsédé par ce que les autres peuvent penser de lui.

Un personnage tentant de garder la tête hors de l'eau, mais coulant progressivement, par la faute des autres, mais aussi un peu de la sienne.


Malgré 2,3 questionnements sur le déroulé de l'histoire (comme la quasi-absence d'adultes pour encadrer/surveiller tous ces mineurs) et une partie finale qui se termine un peu trop rapidement, trop facilement, et à laquelle il m'a manqué une touche de radicalité supplémentaire, «The Plague» reste un premier film sensoriel et solide, impeccablement mis en images, cernant et décortiquant avec justesse un fléau sociétal qui n'est pas prêt de s'épuiser, malheureusement.


Récompensée par le Grand Prix et le Prix du Public au dernier Festival de Deauville, cette œuvre immersive et dérangeante vient faire rimer marginalisation et contamination, et nous démontre une nouvelle fois que la période de l'adolescence constitue encore et toujours un terreau fertile pour le cinéma, tous genres confondus.


«Obsession» était le film horrifique du mois de mai. «The Plague» sera-t-il celui de ce mois de juin ? Il y a des chances. 7,5-8/10.

Raphoucinevore
8
Écrit par

Créée

le 10 juin 2026

Critique lue 30 fois

Raphoucinevore

Écrit par

Critique lue 30 fois

7

D'autres avis sur The Plague

The Plague

The Plague

8

Tishia

60 critiques

Full Metal Jacket version Teens

The plague est le premier long-métrage de Charlie Polinger et il est bluffant. Le film se met au niveau de pré ados et tiendra ce point-de-vue jusqu’au bout. On suit Ben, 13 ans, qui rejoint un camp...

le 9 sept. 2025

The Plague

The Plague

4

Marlon_B

929 critiques

Un mal désincarné

Film parabole sur le mal-être des garçons adolescents, The Plague parvient à déconstruire avec justesse les mécanismes de harcèlement, de domination et de discrimination dans un cadre froid, presque...

le 12 févr. 2026

The Plague

The Plague

8

RedArrow

1255 critiques

Feeling so real

Le silence sous l'eau d'une piscine. Puis le fracas des petits corps qui y plongent. Ceux d'une équipe de water-polo de pré-adolescents, dont les jambes ne cessent de remuer pour rester à la surface...

le 3 juin 2026

Du même critique

Il reste encore demain

Il reste encore demain

8

Raphoucinevore

405 critiques

La Difficile Vita

Premier film de l'actrice Paola Cortellesi (également personnage principal ici) et grand succès critique et public (récompensé par le Prix Spécial du Jury et le Prix du Public au Festival du Film de...

le 16 mars 2024

The French Dispatch

The French Dispatch

7

Raphoucinevore

405 critiques

Comme un gosse dans un TGV

Arthur Howitzer Jr., le rédacteur en chef du célèbre journal "The French Dispatch", décède subitement. Pour lui rendre hommage, un choix d'articles qui ont fait la gloire du journal sont réédités...

le 25 oct. 2021

Le 15h17 pour Paris

Le 15h17 pour Paris

2

Raphoucinevore

405 critiques

Un saut dans le vide...littéralement

Ça vous est déjà arrivé de vous retrouver devant un film et de vous questionner sans cesse sur ce que vous faisiez là, que vous vous étiez trompé de salle et que vous pourriez être ailleurs pour...

le 7 févr. 2018