Ulysse (Ralph Fiennes) est enfin de retour sur son île d’Ithaque, son royaume d’autrefois, avec une arrivée loin des acclamations, plus proche de l’oubli que de la gloire, tel un fantôme revenu des enfers, noyé parmi toutes ces victoires passées. Lui, le héros triomphant de la guerre de Troie, revient des années plus tard.
Un homme que personne ne reconnaît, laissant, il y a bien longtemps, femme et enfant à la merci de tous ces clampins, prétentieux et arrogants, cherchant à voler le cœur de son épouse, Pénélope (Juliette Binoche), une reine à la vertu des femmes de marin, et son imbécile de fils, Télémaque (Charlie Plummer), qu’on tente de zigouiller à la moindre occasion, afin d’être libre dans la conquête du pouvoir.
Désormais, Ulysse vacille au bord de l’abîme, en silence, entendant parler de sa légende, vu comme un mendiant. Un esclave captif de ses souvenirs qui le hantent.
C’est une métamorphose, une renaissance doublée de la mort du guerrier qu’il fut, seul survivant des horreurs de la guerre.
The Return, le retour d’Ulysse, de Uberto Pasolini, est une libre adaptation de l’Odyssée d’Homère, tout comme ma critique, à l’atmosphère épurée, à la croisée entre le western et un drame antique.
Un mythe qu’il déconstruit, sans oublier d’en réaffirmer l’histoire et ses fondements : celui d’un pouvoir fondé par le sang.
Un film qui vaut pour l’incontestable alchimie entre Juliette Binoche. et Ralph Fiennes. Une évidence qui rappelle pourquoi Le Patient anglais fut tant réussi. Deux acteurs faits pour se refléter, et offrir au public toute la violence et la profondeur de ce récit.
Car pour ce qui est de Télémaque, le rôle est agaçant, il ne se traduit pas très bien. Un jeune homme irascible, qui fait les cent pas sans trouver son chemin.
Pour le reste de la distribution, elle est multiculturelle et sauvage : dans le rôle du méchant principal, Antinous (Marwan Kenzari), et du gros sadique, Pisandre (Tom Rhys Harries), ainsi que des femmes de chambre, qui finissent par devenir bizarres avec les occupants. Ce qui, dans l’ensemble, reste correct.
Sans oublier ces tenues vestimentaires, assez grossières. Tout paraît démodé et ridicule. Cherchez pas de micmac surnaturel ou d’image de synthèse, y en a pas.
Malgré les défauts et les faiblesses, le charme agit, grâce au jeu des acteurs, porté par Juliette Binoche et Ralph Fiennes, cette façon d’oublier de filmer les couleurs pour davantage refléter la tristesse de l’oppression, à mesure qu’Ulysse renforce sa détermination à reconquérir sa terre et son foyer.
Sans oublier cette scène finale, et son message des guerres et de leurs cicatrices invisibles.
Ulysse qui veut renaître dans les larmes du pardon, d’abord sans un mot, puis dans un dernier coup de poignard sanglant. Éloigné trop longtemps pour encore appartenir à ceux qu’il a laissés.