Gal Gadot - dont la carrière est en chute libre - enfile un survet pour les besoin de «The Runner» réalisé par Kevin Macdonald. Elle interprète le rôle d’une avocate londonienne. Lors de son jogging matinal, un maître-chanteur l’appelle sur son portable pour l’informer qu’il a kidnappé son jeune fils. Désormais, elle devra traverser Londres à pied et suivre toutes ses instructions pour tenter de sauver le gamin.


Il y a, dans ce film, quelque chose qui tient de la série B à la Jason Statham ou Liam Neeson... Une héroïne lancée dans une course contre la montre, une menace qui se précise à mesure que les minutes s’égrènent et un scénario qui ne s’embarrasse guère de subtilités. Pourtant, le cinéaste ne se contente pas de dérouler mécaniquement les codes du thriller d’action. Il nourrit son récit d’une véritable ambition de mise en scène, articulant toute la narration autour de cette course effrénée. Pour donner corps à son concept, il multiplie les artifices : objectifs déformants, longues focales, montage hypercut, changements de rythme et autres expérimentations visuelles censées traduire l’urgence permanente dans laquelle évolue son héroïne. On adhère ou non à ces choix esthétiques, parfois discutables, voire franchement bancals, mais il faut reconnaître au réalisateur une qualité essentielle : malgré cette débauche d’effets, l’action reste parfaitement lisible. Le film ne confond donc pas totalement frénésie visuelle et confusion.


Ce qui permet surtout au scénario, un brin caricatural, de gagner quelques points, c’est la manière dont le cinéaste observe une ville et ses habitant-es complètement paralysé-es par leur addiction aux smartphones. Les téléphones sont partout, tout le temps, dans chaque main, chaque regard, chaque déplacement. À tel point qu’ils finissent par devenir bien davantage qu’un simple élément de décor. Ce sont eux qui dictent l’action, influencent les comportements et structurent même la mise en scène. Le smartphone devient ici une véritable prison numérique, un outil qui donne l’illusion de connecter les individus tout en les enfermant dans une bulle permanente. Le film propose ainsi quelques images assez évocatrices de cette dépendance, deux ou trois véritables «cartes postales» thématiques qui donnent à l’ensemble une dimension presque dystopique (je vais peut-être un peu loin là) et permettent d’élever un peu le niveau d’un scénario qui, sans cela, aurait rapidement sombré dans la mécanique de série B.


Dommage, alors, que le principal méchant de l’histoire soit aussi peu convaincant. Le personnage donne régulièrement l’impression de s’intéresser davantage aux antécédents familiaux de l’avocate joggeuse qu’à la mission qu’il est supposé mener à bien. Ses motivations restent floues, son obsession paraît disproportionnée et, surtout, sa présence ne parvient jamais à imposer la menace nécessaire. On comprend ce qu’il fait, mais beaucoup moins pourquoi il le fait. Or, dans un film construit presque exclusivement sur l’urgence et la poursuite, un méchant qui manque de crédibilité constitue un sérieux problème... je trouve que sans adversaire à la hauteur, la course perd mécaniquement de son intensité.


Et c’est finalement là que le bât blesse le plus. Malgré toutes les bonnes intentions du monde, les péripéties qui jalonnent cette fuite restent désespérément anti-spectaculaires. C’est tout de même assez problématique pour un film d’action. Ouiiiii, la caméra s’agite, le montage s’emballe, les focales se déforment, mais rien ne semble véritablement décoller. Le film donne constamment l’impression de vouloir nous faire ressentir l’urgence sans jamais parvenir à produire les morceaux de bravoure capables de la rendre palpable. Il y a du mouvement, certes, mais rarement du souffle.


À force de vouloir compenser un manque évident de moyens par une mise en scène volontariste, le film finit donc par révéler ses limites plutôt que de les masquer. On imagine presque Gadot regarder le résultat final avec un soupir : « Mince… vivement que je retourne chez DC. » Parce qu’au moins là-bas, avec ses super-héros, ses explosions et ses budgets XXL, il y a encore l’illusion des moyens. Ici, même l’urgence semble courir un peu au ralenti.



Maxime-Beaulieu
4
Écrit par

Créée

le 3 sept. 2026

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