Impossible de regarder Mark Felt sans avoir à l'esprit Les hommes du président, dont il est littéralement le reflet dans le miroir. Outre le même sujet, la comparaison avec le film de Pakula est inévitable. Les deux ont une similarité du ton ; austère et dépourvu d'action. Sauf qu'ici, les bureaux surchauffés du Washington Post laissent place aux couloirs glacés des administrations.
Cette ambiance est bien restituée, par le minimalisme d'une BO très réussie, et par une photo jolie autant que froide. Le film tient - énormément - à la performance de Liam Neeson et sa manière de camper son personnage abrupt, inflexible et obstiné. Le ton est donné dès la scène d'entrée à la Maison Blanche, où il menace des proches de Nixon voulant l'intimider, en faisant mine de les rassurer. Sous ses airs posés et polis, le personnage a un côté monolithique, presque inhumain, qui ne donne pas trop envie de plaisanter avec lui. Et l'acteur réussit la performance de maintenir le ton durant tout le film, sans jamais paraitre caricatural.
Même si elles s'inspirent de la réalité, les quelques scènes concernant la vie personnelle du personnage sont moins réussies, parce que trop dramatisées. Ça éclaire un peu sur le caractère du bonhomme, tout en introspection, jamais spontané, ni naturel, et encore moins détendu. Dès lors qu'on s'écarte de l'environnement professionnel, le film est plus convenu. Mais ça n'enlève rien au fait que Mark Felt est un très bon film.