Voir le film

Je dois tout d'abord préciser que je suis retourné voir cette monstrueuse chimère intrigante une seconde fois au cinéma pour me délecter plus encore des sensations fortes, de la plastique et du plaisir cinéphilique qu'elle a suscité en moi lors du premier visionnage. J'aurais bien accordé la palme d'or à ce fantastique film gore-tesque, monstre-sublime.




The substance est un body horror movie qui se vit à mille à l'heure dans un roller coaster de gros plans et d'inserts incisifs qui soulèvent notre sensibilité, nous écœurent, nous impressionnent et nous fascinent par leur composition esthétique sensationnelle et choc. 2h20 de pur jeux de matières, de couleurs, de formes et de sons qui se distordent, s'entrechoquent et se percutent de manière organique dans un orchestre-bordel structuré par une main de maitresse du genre horrifique, Merci Caroline.


Le tsunami d'hémoglobine qui démolie tout sur son passage ne se réduit pas à un simple exercice de forme, il est ici le théâtre ultra explicite d'un cri féminin que l'on ne peut plus taire, qui rend le spectateur souvent bouche bée, parfois hilare. Il est question de recevoir la chair féminine fraiche ou en putréfaction en plaine face, de s'y frotter et (souvent) de s'y piquer… Car tout à une date de péremption dans le matière organique! Et lorsque qu'elle devient le sujet substantiel de l'existence d'une femme au sein de la société, l'affaire peut rapidement devenir monstrueuse. C'est le propos que Forgeat étire en long et en large comme une purée d'aligot infiniment élastique.


Si le film met les mains dans le plats côté outrances visiophoniques et martèle les spectateurs de magnifiques insanités à faire pâlir Cronenberg, l'humour piquant et grotesque de "the substance" se charge d'assouplir l'horreur tout en donnant de l'épaisseur au propos féministe du film avec panache. Car le film se veut extrêmement ludique et provocateur! Chaque image, son, dialogue et regard sont riches de sens, chargés de symboles et d'allégories.


Il en résulte un atout ludique majeur qui émoustille nos cerveaux en éveil; la richesse des citations filmiques, picturales, littéraires allègrement, outrageusement vomis à foison tout au long du film. On se plait à contempler une séquence gore à souhait qui réussi à entremêler Kubrick, Lynch, Carpenter, De Palma et James Whale pour façonner un monstre grotesque et sublime rapiécé de pellicules cinématographiques. On jubile de voir sous un nouveau jour hyper contemporain le portrait de Dorian Gray sous le format d'une affiche publicitaire surplombant la ville. Car tout est question de miroir dans ce jeu de massacre d'alter-égo féministe novatueur faustien.

Au cœur de ce face-à-face existentiel ultra physique, sur le ring de la célébrité se débattent margaret qualley (exténuante de sourire niais, de perfection; fascinante en femme robot qui se repait d'un star system bien dégueu) et Demi Moore (qui réussi un numéro d'équilibriste dans un rôle qui serait l'allégorie de ses phobies les plus profondes) qui ne font qu'UNE. Une guerre des corps qui se battent pour garder leur intégrité esthétique, leur valeur sociale sur une b.o fantastiquement physique et chimique...


Si Julia Ducournau avait ouvert la porte du cinéma sur le bal des "monstres", Caroline Fargeat la défonce (littéralement) au marteau démolisseur... Et on en demande encore!





HugoBellahecene
10
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les meilleurs films d'horreur

Créée

le 13 nov. 2024

Critique lue 14 fois

Critique lue 14 fois

1

D'autres avis sur The Substance

The Substance

The Substance

9

Rolex53

59 critiques

Elle en pire

Elisabeth Sparkle (Demi Moore) ne fait plus rêver. Son corps se fissure un peu plus chaque jour sur Hollywood Boulevard. Une étoile sur le Walk of Fame qui ressemble désormais aux scènes fanées d'un...

le 10 oct. 2024

The Substance

The Substance

6

Sergent_Pepper

3176 critiques

Substance (without subtext)

Idée maline que d’avoir sélectionné The Substance en compétition à Cannes : on ne pouvait rêver plus bel écrin pour ce film, écrit et réalisé pour l’impact qui aura sur les spectateurs, et la manière...

le 6 nov. 2024

The Substance

The Substance

1

lhomme-grenouille

2923 critiques

The Subtility (cette ennemie)

Bon... Eum...On en parle de ce film ?Non mais je veux dire : on en parle SÉRIEUSEMENT de ce film ?Parce que, bon, moi, à la base, il se trouve que je n'en savais strictement rien avant d'aller le...

le 10 nov. 2024

Du même critique

Vox Lux

Vox Lux

9

HugoBellahecene

2 critiques

Critique de Vox Lux par Hugo Bellahecene

"Vox lux" fut selon moi un fascinant objet réflexion sur notre société contemporaine. Le personnage de céleste porte en lui la beauté et l'absurdité humaine inhérente au XXIeme siècle. Brady Corbet...

le 19 mars 2024