Même quand on pense avoir d'excellentes raisons de haïr son père, ça n'est évidemment pas facile, quand on est un être sain d'esprit (et encore moins quand on est un homme lettré, diplômé d'Harvard) de se transformer en parricide. Une méthode efficace, mais non sans risques, est de faire un dédoublement de personnalité. C'est cette ficelle scénaristique qu'utilise Alireza (Ali-Reza) Khatami dans son film The Things You Kill. Ce dédoublement de personnalité y est concrétisé par — intrusion du fantastique — la figure d'un "mystérieux" jardinier, opportunément apparu et embauché par Ali (professeur d'université d'une grande ville turque que je n'ai pas identifiée), qui va l'aider à commettre son parricide et qui, après l'avoir enchaîné dans le lointain jardin qu'Ali possède, va, pendant un temps, prendre sa place dans son foyer et sa famille, sans que personne ne s'en étonne ou semble même remarquer la substitution. Cependant, Ali parviendra quand même à reprendre le contrôle de la situation en se débarrassant de ("l'usurpateur") Reza et en se libérant de ses chaînes. Il reprendra sa place dans son couple et sa famille, comme si de rien n'était... On a ainsi presque droit à une happy end, sauf que le remords d'avoir tué son père va continuer de troubler le sommeil d'Ali. Bien sûr, le film ne se limite pas à ce tour de passe-passe, il décline d'autres thèmes et présente d'autres intérêts, notamment cinématographiques (très beaux paysages de Turquie, scénario sans redondances, montage soigné et "maigre", aucune baisse de rythme). Mais si on n'admet pas que le jardinier Reza est la face obscure du professeur de Lettres Ali, alors le film paraît incohérent, mystérieux, déroutant, "lynchéen". Par contre, une fois cette explication "fantastique" acceptée, le film devient certes un peu bêbête mais parfaitement limpide.