Il existe des films dont la beauté formelle semble vouloir parler d’elle-même, mais qui peinent à créer un véritable écho émotionnel. The Time Being, de Nenad Cicin-Sain, appartient à cette catégorie d’œuvres ambitieuses mais désincarnées. Si ma note de 3/10 peut paraître sévère, elle traduit surtout une frustration face à un film esthétiquement raffiné, mais émotionnellement distant.
Dès les premières images, on devine une ambition visuelle marquée. La photographie est léchée, les compositions de plans sont soignées, les silences habilement installés. Pourtant, cette recherche esthétique semble tourner à vide. Le film semble trop préoccupé par sa propre élégance pour se connecter véritablement à son spectateur. On admire, on observe, mais l’on reste au seuil de l’émotion. C’est beau, mais froid.
Wes Bentley, en artiste tiraillé entre sa vocation et ses obligations familiales, semble constamment freiné par l’écriture du film. Son personnage aurait pu être poignant ; il est simplement distant. De même, Frank Langella, bien qu’imposant, incarne un mentor dont le mystère devient vite prévisible, faute de véritable développement. Ces figures énigmatiques auraient pu porter une réflexion profonde sur l’art et la transmission. Elles ne font que l’effleurer.
Le film adopte un tempo lent, sans doute pour favoriser la réflexion. Mais cette lenteur, loin de servir le propos, en dilue la force. L’intrigue progresse si discrètement qu’on peine à discerner un véritable arc narratif. Ce qui aurait pu être une méditation subtile sur le doute artistique se transforme en attente vaine.
Sous des dehors philosophiques, The Time Being évoque la relation entre l’art, l’artiste et le quotidien. Mais à force d’ellipses et de métaphores peu claires, le message devient difficile à cerner. On sent une volonté de profondeur, mais le film semble hésiter à affirmer quoi que ce soit avec conviction. Résultat : le spectateur finit par décrocher, faute de repères clairs ou d’enjeux forts.
Il serait injuste de nier les efforts déployés dans la réalisation ou l’ambition du sujet. Mais pour moi, The Time Being souffre d’un excès de retenue, d’un souci de perfection qui étouffe l’émotion. C’est un film qui semble s’écouter penser, là où l’on aurait préféré qu’il nous parle. Le résultat est une œuvre silencieuse… mais qui ne dit pas grand-chose.