Je le confesse : pour la première fois de ma vie, j'ai regardé le film en accéléré (x1,5), l'une des meilleures décisions de ma vie. Si le film est beau, il est chiant et, bien plus problématique, snob et prétentieux comme pas deux. Pas étonnant qu'il a eu la Palme d'or.
Le film s'inspire énormément du Miroir de Tarkovski. Il y a un travail énorme sur la photographie, pastel et magnifique, sur la narration, absolument pas linéaire, et les dialogues, en forme de poèmes / prières. Certains plans et l'ensemble du montage ont dû être un enfer à réaliser. L'aspect sensoriel des œuvres de Tarkovski, et en particulier l'eau et son écoulement, est au cœur de The Tree of Life. L'histoire énigmatique du Miroir se retrouve dans ce film : un flash-back dans l'enfance, des allers-retours entre passé et présent, et la figure de la mère comme un ange protecteur éternel. C'est marrant car tous ces points positifs, c'est totalement du plagiat. Mais alors que dans Tarkovski, l'aspect autobiographique et donc narcissique est assumé (jusqu'au titre de son film), The Tree of Life pèche par une vanité sans nulle autre pareille.
Le scénario se résume en une phrase : un homme se rappelle son enfance avec ses parents et ses frères, dont l'un est mort jeune. Donc un drame familial normalement touchant, sur le deuil etc. Rien de tout ça ici : les personnages n'émeuvent à aucun moment. De même pour les acteurs. Malgré des gros plans utilisés comme si c'était le seul plan possible au monde, la caméra ne s'y consacre jamais vraiment - malgré le talent évident du trio Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn. En fait, on a juste l'impression que la caméra se montre elle-même, que le réalisateur veut juste dire "Regardez, j'ai du talent." Et même de continuer : "Comme j'ai du talent, je vais me permettre de faire des dingueries, mais vous inquiétez pas, c'est de l'art en fait, vu que j'ai du talent". C'est par ce brillant raisonnement qu'on se retrouve, dans un film je le rappelle consacré à la perte d'un fils et d'un frère, avec 15 minutes sur l'histoire de la naissance de l'univers et de la Terre, dans une succession d'images réalisées sur Paint de planètes et d'étoiles, et même avec une scène de dinosaures dignes de Jurassic Park. J'entends déjà quelqu'un crier Kamoulox dans la salle de projection… Et à ceux qui oseraient dire "non mais c'est comme dans 2001, finalement un fœtus et l'univers c'est pareil, c'est pour ça qu'il fallait montrer toutes ces galaxies, et puis c'est pour montrer le miracle qu'est la vie et tout", allez dessoûler et on en reparlera entre personnes saines d'esprit. Après, je conçois que ce film soit sûrement le meilleur à visionner en étant complètement défoncé - comme le réalisateur lors du tournage et du montage.
Le film regagne un peu d'épaisseur lorsqu'on suit les 400 coups du trio de frangins, qui subissent l'autorité d'un père avant que celui-ci ne change du tout au tout, en mieux, après des soucis au boulot (j'avais prévenu, le scénario est pas ouf). Mais on enchaîne quand même les scénettes sans autre attente que la fin de cette torture. On retiendra quelques plans somptueux, qui finalement résument assez bien le film : Sean Penn en costard dans un désert rocailleux - mais on s'en bat les couilles ; Jessica Chastain en robe bleu pâle pieds nus sur une fine étendue d'eau - mais on s'en bat les couilles.