Un film d'horreur très particulier pour moi parce que sa fin m'a vraiment bouleversée. C'est aussi un des rares films totalement immergé dans une communauté de juifs orthodoxes new-yorkaise, et cette culture m'intrigue beaucoup.
J'ai éprouvé une empathie et une sympathie immédiate pour le personnage principal et l'acteur y est pour beaucoup. Fraîchement sorti de sa communauté pour une raison inconnue, Yakov assiste à une réunion de juifs "évadés" de leur communauté comme lui qui essaient de comprendre la nouvelle société dans laquelle ils vont devoir s'intégrer. Il semble très perturbé et peu sûr de lui et on n'a aucun mal à s'attacher à lui. Le soir-même, il va accepter de faire le shomer (le gardien) pour une vieille femme dont le mari vient de mourir. Le job, qu'il a déjà fait auparavant, consiste à veiller un mort jusqu'à l'aube et à le protéger des démons en attendant l'arrivée des pompes funèbres.
A part quelques interventions de la vieille femme atteinte d'Alzheimer, Yakov va rester seul en présence d'un cadavre recouvert d'un drap pendant cinq heures. La performance de l'acteur est admirable, car il occupe l'écran pratiquement seul pendant plus d'une heure sans jamais nous ennuyer.
L'intérieur de la petite maison où a lieu la veillée est un des meilleurs décors que j'ai jamais vus dans un film d'horreur. L'escalier qui monte au premier étage en s'enfonçant dans les ténèbres est encore plus terrifiant que celui de "Ju-on". La cuisine et la salle de séjour exigües sont claustrophobiques à souhait. Les éclairages sont réduits au minimum et la lumière verdâtre de la cuisine est très perturbante. Tout est réuni pour installer d'emblée une ambiance anxiogène qui ne fera que monter en puissance. Mais le plus flippant, c'est ce cadavre invisible que la caméra cadre régulièrement et que le spectateur, comme Yakov, ne cessera jamais de scruter, dans l'attente terrifiée de le voir imperceptiblement bouger. Plus le film avance et plus sa présence semble grandir et peser sur l'ambiance. Le réalisateur, par ses longs plans rapprochés sur le drap, a merveilleusement su faire monter l'angoisse. Et l'angoisse qui gagne Yakov est très contagieuse. Il aurait pu aisément se passer des jump scares, même s'ils sont peu nombreux.
Il a aussi bien utilisé l'actrice qui joue la veuve. Une petite vieille qui perd la boule et qui surgit sans crier gare, ça fout facilement les jetons.
Au cours de la veillée, Yakov est en proie à des hallucinations de plus en plus terrifiantes et on découvre que son mal-être résulte d'un traumatisme récent qu'il essaie de surmonter. Les choses commencent à partir sérieusement en sucette quand la vieille femme lui révèle que son mari défunt était depuis toujours hanté par un démon, un mazik, toujours présent dans la maison. Yakov va donc devoir affronter non seulement son traumatisme qui ressurgit, mais aussi le mazik qui semble avoir trouvé en Yakov une nouvelle proie idéale.
Je n'en dirai pas plus, mais je vous garantis que la nuit sera longue et éprouvante. La spectaculaire scène finale d'apaisement du cadavre est tout simplement incroyable et a fortement marqué ma mémoire. Je n'oublierai jamais ce cadavre - toujours invisible - au bord de la dislocation et craquant de partout qui lutte contre le démon. C'est très beau, effrayant et infiniment triste à la fois.
Si vous cherchez un film d'horreur exotique et en dehors des sentiers battus, "The Vigil" est un bon cru.