Je comprends totalement pourquoi le film plaît. Vraiment. On peut difficilement nier la force de son esthétique. C’est minimaliste, froid, anti-putassier au possible. Aucun jump scare facile, aucun effet racoleur. Juste une mise en scène sèche, précise, presque clinique. Robert Eggers impose déjà ici un style très affirmé, obsessionnel dans la reconstitution, dans la langue, dans la texture même de l’image.
Visuellement, c’est superbe. Les cadres sont rigoureux, la lumière naturelle donne une densité quasi picturale aux scènes, et l’atmosphère est lourde sans jamais en faire trop. On sent la volonté d’un cinéma d’ambiance plus que d’un cinéma de choc.
Mais voilà, malgré ces qualités évidentes, je n’ai pas réellement accroché à l’histoire. Tout l’axe spiritisme, sorcellerie, fanatisme religieux, peur du diable, culpabilité chrétienne… ça me passe un peu au-dessus. Étant athée, je reste extérieur à cette angoisse métaphysique. Là où certains verront une descente aux enfers mystique, j’y ai surtout vu un conflit théologique qui ne me touche pas émotionnellement. Le film repose énormément sur la foi, la peur du péché, la paranoïa religieuse. Si on ne vibre pas avec ça, l’impact est forcément plus limité.
Je suppose que pour un public plus sensible aux questions de croyance, de damnation, de tentation, le film doit résonner autrement. Parce qu’il traite vraiment la religion comme une matière dramatique centrale, pas comme un simple décor.
Cela dit, c’est assez amusant de voir une toute jeune Anya Taylor-Joy dans l’un de ses premiers grands rôles, déjà magnétique, et de croiser Ralph Ineson, qui deviendra plus tard Galactus dans The Fantastic Four. Il y a quelque chose d’intéressant à revoir ces visages avant qu’ils ne prennent une autre ampleur.
Au final, je respecte la proposition. Je vois pourquoi le style d’Eggers fascine : c’est exigeant, cohérent, radical dans son approche. Mais personnellement, je suis resté à distance. J’en reconnais les qualités formelles, l’ambition, l’authenticité… simplement, ça ne m’a pas passionné et à vrai dire heureusement qu'il n'est pas plus long. Un film dont je reconnais plus certaines qualités que je n’ai réellement aimé.
A découvrir.