Le Chilien Sebastián Lelio a tracé de formidables portraits de femmes dans ses films précédents (Une femme fantastique, Gloria, Désobéissance), y compris depuis qu'il est passé à des productions internationales et en langue anglaise. Son parcours sans faute s'orne désormais d'une nouvelle merveille, non visible hélas sur grand écran, The Wonder, à l'étonnante et brillante intrigue, adaptée du roman de l''excellente romancière canadienne, Emma Donoghue. Une histoire sans faim, littéralement, celle d'une fillette de 11 ans, dans l'Irlande se 1862, soit quelques années après la Grande Famine, qui prétend ne plus s'alimenter depuis 4 mois, si ce n'est via la "manne céleste." A ses côtés, l'autre héroïne du film est une infirmière anglaise, qui a vu les pires horreurs pendant la guerre de Crimée, et qui représente évidemment la science, opposée à la foi. Avec son introduction et sa conclusion qui rendent hommage au pouvoir de la fiction, The Wonder s'éloigne des rives du réalisme, dans une veine presque fantastique, encore plus prégnante dans ses dernières images que chacun appréhendera avec sa propre sensibilité (et avec ses croyances). Le film est une splendeur de bout en bout, jamais ennuyeuse pour qui s'intéresse à chaque détail signifiant (la dépendance de l'infirmière à la drogue) et s'émerveille de la splendeur de la photographie. A mille lieues de Don't worry Darling, Florence Pugh montre quelle actrice exceptionnelle elle est, dans un rôle magnifique qui sera à l'évidence un marqueur essentiel dans sa carrière.