Le théorème de Pasolini est un monument. Il énonce simplement et directement ce que nous ne pouvons nous avouer. C'est un miroir qui nous destitue de notre hypocrisie et nous montre notre reflet à nu, nous laissant honteux devant le générique de fin. Il est typiquement capable ce que nous, individus, ne pouvons pas faire: exprimer ce qui ne peut pas être dit, ce que les mots ne peuvent ni exprimer ni expliquer. Nous connaissons plus que nous ne pouvons l'exprimer, ce film nous le fait particulièrement sentir en nous faisant remarquer des vérités que nous comprenons mais qui restent impalpables pour notre conscience, en temps normal. La plus value du cinéma, du montage, est ici claire. Cela ne suffit pas à faire émerger notre inconscient, mais c'est un grand pas de plus.
Par une réaction chimique entre créateurs (techniciens, ingénieurs son, acteurs, réalisateur, scénariste, monteurs et bien d'autres), une manifestation de choses normalement invisibles est permise. Ce film n'est en aucun cas mystique. Il est parmi les moins mystique que j'aie vu jusqu'à maintenant. Ici un plan, une transition, une musique, tout ces éléments accédant à chacun de nos sens séparément, sont assemblés par notre cerveau qui s'occupe de créer l'expérience cinématographique. En visionnant une séquence on ressent un déclic, un bouchon saute, une émotion en découle. D'un coup, comme ça, on devient lucide, on prend conscience d'une vérité, que ce qu'on voit c'est vrai, bien que si quelqu'un nous demandait "qu'est ce qui est vrai?" on se trouverait bien incapable de répondre. Une idée pouvant être liée au réel par des mots est terre à terre, la réciproque n'est pas vraie (#Philosophie2Comptoir #RetourneTravaillerBoloss). Cette description pourrait plus ou moins être celle de n'importe quel film, mais c'est lui qui me le fait ressentir comme cela, comme je tente de l'exprimer.
Théorème est monumental. Il se dresse, bien visible, au milieu de la masse de films que j'ai vu jusqu'à maintenant: bien qu'il ne soit pas mon absolu préféré, il est parmi ceux qui font sentir leur présence. Il est là, dur et froid comme la pierre, terriblement palpable, froid mais en même temps solide, il apporte, à l'image du mystérieux visiteur, un apaisement et appelle à l'abandon, puis à la révolte. On a envie de se reposer sur ce monument, de se livrer à lui avec humilité, puis son injustice nous pousse à vouloir le détruire, bien que nous ne puissions que nous écorcher dessus. Il est même possible que nous ne puissions que serrer le poing.
Livré à lui même, loin des mains habiles de ses créateurs, Théorème s'anime, hypnotise et fait prendre son envol au spectateur. Il nous emmène un peu plus haut, à des hauteurs inaccessibles habituellement. Suffisamment pour que le monde nous paraisse un peu plus petit (comme Punpun en haut de la grande roue).