Film sublime. C'est épuré, ça déborde de pureté. Alain Cavalier crée de la poésie à chaque image, à chaque plan, à chaque scène. Je vais encore redire ce que disait Bresson mais c'est très vrai, que voulez vous : "Ne cours pas après la poésie. Elle pénètre toute seule par les jointures (ellipses)". C'est une mise en pratique à chaque instant.


La candeur de Thérèse face à ses souffrances qui se transforment en doute quant à l'existence de Dieu et du Christ. Les carmélites qui récoltent des morceaux du corps de Thérèse pour en faire de futures reliques, un ongle par-ci un cheveux par-là. Et Thérèse naïve, mariée au Christ, qui vit une crise conjugale lorsque celui-ci ne répond à ses souffrances.


Les regards échangés entre son père et elle lorsqu'elle lui annonce sa volonté, le son étant désynchronisé de l'image, on touche alors à la poésie la plus douce et tragique qui soit. Toute la séquence de Noël avec des nonnes légèrement pompettes qui se mettent à danser et à chanter, partagée entre la retenue et le désir de liberté, de se laisser aller.


C'est un grand film sur la foi mais un film athée. Jamais le Christ ne répondra, comme chez Dumont, aux suppliques de Thérèse et l’Église est vue comme une institution prédatrice, s'emparant de la vie et de la mort de Thérèse, au travers de ses écrits.


C'est aussi un film sur les relations entre filiales, avec Thérèse et sa cadette. Cadette, qu'elle force à venir s'enfermer avec elle au couvent. Derrière sa candeur et sa bonne foi, Thérèse ne semble pas réaliser qu'elle prive, se prive et se tue pour un Autre dont elle n'aurait jamais la certitude qu'il est vrai. Les petits regards entre elle et sa sœur, c'est vraiment ce qu'il y a de plus beaux, tant le conflit amour-haine transparait.


Il y a aussi un plan fixe du visage de Thérèse, même sans son contexte précis, il me hantera à vie. Ainsi que le passage où elle raconte avoir bu de l'eau contenant de la peau d'un lépreux. Il y a de l'abnégation, de la beauté et une certaine cruauté. De même lorsqu'une sœur goûte une glaire sanglante de Thérèse, c'est sale mais c'est beau.


Bref, un grand film, d'un grand réalisateur. Profondément touchant et émouvant.

Adanberos-e
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le 22 sept. 2025

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