C'est un 4 affectueux! Si, vraiment! Quand j'ai découvert par pur accident que Thermae Romae (manga, puis anime, puis nombreux produits de merchandising sans rapport réel mais distribués en onsen, puis spin-offs) avait eu droit à non pas une mais deux adaptations filmiques il a fallu que je les invite chez moi pour discuter.
Aux néophytes, Thermae Romae est à l'origine un manga qui a couru de 2008 à 2012, aux chapitres d'une trentaine de pages publiés mensuellement dans un magazine manga papier. Il a aussi bénéficié plus tard d'une publication web internationale en simultané. Diffusé comme un seinen (officiellement public cible jeunes et moins jeunes adultes hommes mais en tant que genre c'est plus une question de présentation narrative et de thématiques; on trouve aussi des femmes dans la démographie des lecteurs japonais et la mixité est encore plus marquée sur la scène internationale) casu où l'autrice faisait le parallèle entre la culture onsen japonaise et celle des thermes de la Rome antique, personne n'avait prévu le ridicule envol de popularité qui a suivi. L'histoire était quasi inexistante. La raison d'être du personnage principal était simplement de se faire happer à poil de l'une à l'autre époque pour faire de l'exposition, gags interculturels en plus. Le lecteur pouvait prendre l'histoire à n'importe quel chapitre et s'en sortir. Quand la série s'est prolongée et que son éditeur lui a demandé un peu plus de trame, YAMAZAKI Mari a commis sans ciller le 2nd pire péché narratif: le self insert romantique. Il faut dire qu'à l'époque elle était elle-même devenu un personnage reconnaissable de sa propre série, intégrée à l'anime de janvier 2012 dans des micro reportages sur des onsens et ryokan à la fin de chaque épisode. Le film, lui, est sorti en salle en avril 2012.
Toute cette contextualisation pour vous donner une idée du vide sous-jacent et presque insurmontable de la source. Maintenant, en faire une comédie légère et pédagogue.
Pour commencer, je dois donner à la prod, au réal et à toute l'équipe technique qu'ils s'y sont mis sérieusement. Les décors sont supers. Mieux que ceux des films Asterix par exemple, pour comparatif avec un autre regard comédie Rome antique par des non-italiens. Ils sont grands, bien pensés pour leur budget (que je ne trouve pas en détails dans une langue accessible; approx. 15 millions d'euros) et utilisés de manière impactante tantôt comme dans le manga tantôt comme dans un peplum ou la série Rome. Le film a en partie été tourné aux Studios Cinecittà de Rome et avec du bon matériel utilisé efficacement. Vous comprendrez ce commentaire si vous regardez régulièrement des adaptations filmiques japonaises, je pense notamment à Helter Skelter (2012, tragique, comme filmé avec un smartphone) et Shōjo Tsubaki alias Midori: La Jeune Fille aux Camélias (2016, même image numérique qui peine à rendre l'ambiance psyché ero guro). Il y a régulièrement de beaux plans qui virent vers le cinéma d'auteur d'horreur contemporain, comme la scène de nuit près de la source, et la lumière est bien choisie. Sans faire des folies, le montage est efficace lui aussi. Les costumes vous plongent bien à la fois dans les choix de la mangaka et une recherche historique au moins correcte. Les effets spéciaux vont de la SFX digitale (tourbillon sous-marin dans l'obscurité) à la vision imagée via accessoires (des figurines dans le tourbillon d'une chasse d'eau). J'ai failli monter à 5/10 juste pour les scènes musicales de transitions temporelles; ça je ne spoilerai pas.
Le casting m'a un peu fait rire malgré ses choix honnêtes: on est censé faire de l'humour choc culturel, mais il fallait que les acteurs 1) sachent jouer, 2) collent un minimum au physique des personnages, 3) parlent parfaitement japonais car malgré quelques passages en latin (+ accent nippon = fun!) le film est tout entier dans cette langue et destiné au public national. Si les figurants font bien Méditerranée, les acteurs principaux... il faut suspendre sa crédibilité, comme on dit. On y arrive, principalement parce que c'est une comédie un peu surjouée même quand il n'y a pas besoin.
Que dire donc du scénario, qui devait adapter une source dont la trame se résume en une phrase et des images documentaires présentées de façon comique? La mangaka y a collaboré, et on retrouve bien le rythme et l'ambiance de sa série. Contrairement au Mushi-shi (2007) adapté du très connu manga éponyme, Thermae Romae ne pouvait pas prendre appui sur une sous-intrigue. Là où Mushishi jouait de sa publication bimestrielle sur un modèle worldbuilding large/ un mystère par chapitre, Thermae Romae passait par le comique de répétition dans un tableau stable/ une nouvelle présentation comparée par chapitre. Le motif romantique ne constituait même pas une intrigue, juste un nouvel élément récurrent en la personne de la mangaka en self insert. Version film... c'est pas mieux. On rejoue simplement les premières situations iconiques que la majeure partie du lectorat et les spectateurs de l'anime connaissent avant d'enchaîner sur les rencontres entre Lucius et Mami. La romance sonne très, très creux. Lucius, à la base simple machine à sketchs, peine à trouver une quelconque profondeur à son personnage en passant de la comédie aux doutes existentiels. On aurait pu creuser sa vie pour le rendre crédible en tant que personne: rien. Comme le film est destiné à ceux qui connaissent déjà un peu, le pitch principal n'est pas contextualisé non plus. Hot tub time machine, onsen edition.
D'où ma note assez basse: on ne peut pas vraiment dire que le film soit indépendant de sa source, ni qu'il nous emmène où que ce soit. Les personnages manquent de contexte d'arrière-plan au delà de la comparaison historique. Le modèle narratif, le comique de répétition et de situation, ne convient pas au format long-métrage, ou n'est pas retranscrit d'une manière qui fonctionne. Le concept aurait peut-être été plus adapté à une minisérie? Ou en changeant l'approche pour aller vers un cinéma de l'étrange, plus sensoriel? On aurait aussi pu assumer d'aller vers le docufiction, le format le plus proche du manga. En tous cas si vous connaissez déjà l'histoire sous ses autres itérations, le film est plaisant. La nudité n'est pas graphique non plus, toujours un plus quand on veut pouvoir regarder en famille.
Dans le même genre vous avez aussi:
- Olympia Kyklos (2018 - pas officiellement clos à ma connaissance mais plus rien depuis des années), manga sur un peintre de l'antiquité grecque qui va et vient entre son époque et les jeux olympiques de 1964 au Japon.
- son adaptation anime de 2020, Bessatsu Olympia Kyklos, aux visuels incrustations photo / collages. Pas de chance, année covid donc JO d'été de Tokyo reportés à 2021.