En 1992, John T. Davis documentait dans "Hobo" (que l'on peut traduire par clochard ou vagabond) le phénomène typiquement états-unien (et à dominante masculine) du trainhopping, ou freighthopping, le fait de monter à bord d'un wagon de marchandises de manière illégale, et souvent associé à une vie a minima très marginale, mouvement lancé pendant la Grande Dépression . 30 ans plus tard, le réalisateur français Arno Bitschy s'engage dans une relecture contemporaine de cette pratique, dans une perspective féminine, en faisant le portrait de trois femmes qui parcourent le pays à bord de ces trains pour des raisons diamétralement opposées, chacune appartenant à un environnement social très différent.
Christina a 30 ans, elle a un emploi stable de soudeuse, et elle ne souhaite pas être reconnaissable. On n'apprendra quasiment rien sur elle.
Karen, 20 ans, au contraire, se livre plus longuement et raconte sa volonté de s'extraire de l'environnement bourgeois et monotone de sa famille — elle insiste notamment sur le fait que ses parents étaient invariablement malheureux malgré leur confort matériel. Elle a fait le choix de la vie nomade pour vivre dans le réel, selon ses mots, et apprendre à se connaître elle-même et à se faire confiance. Un petit côté rébellion adolescente.
Ivy, enfin, est celle qui s'approche sans doute le plus de l'image authentique de la train hoppeuse, de hobo, c'est avec elle qu'on ressent le plus fortement cette volonté de parcourir le pays, de braver les dangers, d'aller à la rencontre des autres, de dormir un peu n'importe où. C'est un traumatisme d'enfance qui l'a poussé à s'enfuir, à l'origine.
Le dénominateur commun se situe manifestement du côté de cette solitude choisie, mais non sans conséquence, à des degrés divers d'acceptation. La culture hobo ne sera malgré tout vraiment pas observée en profondeur, y préférant un regard assez superficiel, et des grands thèmes génériques, la liberté, la marginalité — et sur ce thème, je préfère mille fois plus “Below ea Level”. Les parcours de vie ne sont pas particulièrement passionnants, c'est bien dommage. Il faudra attendre la fin du documentaire pour voir défiler les paysages et avoir un début de sensation singulière, légèrement mélancolique.