Trois Diablesses en mini-jupe face à l'Impératif Catégorique : Kant au pays du "Pinku Eiga"

Bienvenue chez Ciné-Sophia, installez-vous confortablement et découvrons qu’il est une vérité que Criton et Platon ont lamentablement omis de consigner dans leurs dialogues, c'est que la quête de la Sagesse suprême passe parfois par une mini-jupe en vinyle, une permanente impeccable et une arnaque à la petite semaine dans les ruelles d'Osaka.

C'est en tout cas le postulat rigoureusement métaphysique posé en 1970 par les réalisateurs Sadao Nakajima et Motohiro Torii dans leur chef-d'œuvre méconnu du cinéma populaire japonais : Three Pretty Devils (ou Sanbiki no mesubachi pour les puristes qui aiment postillonner en parlant de cinéma de genre).

Le pitch ? Trois adolescentes délurées décident de financer leur émancipation existentielle en combinant le vol à l'étalage, la resquille et l'art ancestral de déplumer les cadres moyens lubriques.

Disons-le d’emblée : Martin Scorsese aurait adoré ce sens du cadre mobile et du montage frénétique, même s'il aurait sans doute cherché une rédemption catholique là où Nakajima ne propose qu’une gueule de bois au saké.

Projetons Immanuel Kant dans la salle de projection.

Confortablement installé dans son siège, le philosophe de Königsberg aurait probablement frôlé l'anévrisme dès le premier quart d'heure. Le cœur de sa philosophie éthique repose sur l'impératif catégorique : "Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle."

Si nos trois "jolis démons" universalisaient leur concept de subsistance (à savoir : voler des disques pop et simuler des passes pour extorquer des yens), l'économie mondiale s’effondrerait en moins de temps qu'il ne faut pour dire "capitalisme tardif". Pourtant, le film nous force à une conclusion cynique : dans un Japon en plein boom économique post-Expo 70, l’immoralité de ces jeunes filles est la seule réponse logique à un monde d’hommes d'affaires grotesques et prédateurs.

Nos héroïnes ne violent pas la morale ; elles appliquent une relecture très personnelle de l’autonomie de la volonté.

Kant aurait froncé les sourcils, mais il aurait dû admettre que la coupe de cheveux de Junko Natsu possède sa propre logique interne.

Puisque le film traite de la débrouille absolue et du mépris des conventions sociales, impossible de ne pas y convoquer Diogène de Sinope. Le philosophe au tonneau, adepte du cynisme originel (qui consistait à vivre selon la nature, à aboyer sur les passants et à rejeter le luxe superflu), aurait trouvé en nos trois délinquantes des disciples presque parfaites.

Quand Diogène se promenait en plein jour avec sa lanterne en disant "Je cherche un homme", il ne cherchait rien d'autre que ce que nos trois héroïnes traquent à longueur de pellicule : un pigeon doté d’un portefeuille bien garni.

En refusant de se soumettre aux attentes de la gentille ménagère japonaise de l’ère Showa, le trio pratique un cynisme pop. Certes, Diogène prônait l'ascétisme et elles préfèrent les virées nocturnes et les sapes à la mode, mais l'esprit de subversion et le doigt d'honneur lancé aux institutions restent rigoureusement les mêmes.

On peut penser que le film finit par "papillonner et s'évaporer" sans véritable structure dramatique traditionnelle.

Une impasse scénaristique ? Que nenni !

C'est de la pure phénoménologie existentielle à la Jean-Paul Sartre.

Nos trois diablesses font l’expérience du Néant. Elles courent, elles volent, elles se font poursuivre par des yakuzas de seconde zone, et au final… rien. Le vide. Elles sont condamnées à être libres dans un monde qui n'a aucun sens. C’est le triomphe de l’absurde camusien, le tout emballé dans une esthétique publicitaire psychédélique.

En conclusion : Three Pretty Devils est la preuve irréfutable que pour faire de la grande philosophie, point n'est besoin d’écrire des traités de 800 pages en latin ou en allemand. Parfois, il suffit d'une caméra nerveuse, de trois actrices ultra-charismatiques, et d'une absence totale de surmoi pour nous rappeler que la vie est une farce absurde. Aristote aurait probablement quitté la salle avant le générique ; Jackie Chan, lui, serait resté jusqu’au bout pour comprendre comment refaire les cascades.

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le 11 juil. 2026

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