Superbe, humaniste, engagé, etc. les compliments ne manquent pas pour qualifier le film, il les mérite amplement. Mais il faut dépasser la beauté des plans de paysage, l'émotion de certaines scènes, pour comprendre à quel point le film de Sissoko est engagé.
Le parti pris le plus radical est de ne jamais laisser tomber ni l'humanité des djihadiste, ni la violence des habitants de Tombouctou. Tout le long les djihadistes, seront maladroits, patauds dans leur applications de lois absurdes, mais aussi régulièrement gênés, prêts à écouter. Réciproquement, tous les actes de violence ne sont pas perpétrés par les djihadistes ; une histoire de filet de pêche fini en meurtre.
C'est là que le film de Sissoko tape dans le mille. Ne pas avoir choisi des coupables d’emblée. Regarder des hommes et des femmes avant tout, des scènes. Le schéma de l'escalade de la violence apparait alors naturellement, dans l'accumulation de faits, de détails, de climat de violence. À mon sens c'est encore plus horrible que la version : les méchants islamistes tuent les gentils. Car cette violence là, comment s'en débarrasser ? Il suffit de changer les dossards de personnes, de changer le prétexte.
La violence et l'absurdité est partout dans le film, et pourtant lequel des personnage est fondamentalement mauvais, sans cœur ? Le chef des djihaiste, peut-être ? Mais même chez ce dernier, on retrouve certaines qualités d'écoute. Sissoko nous demande de juger des humains, pas des icônes de la violence. Et c'est autrement plus dur…
On peut disserter longtemps sur plein de détails, sur la musique, sur la justesse du ton, et en particulier du traitement de l'islam, sur la place des femmes, sur le foot et les gazelles. Il faut avoir vu ce film, c'est tout.