"...chantant dans leurs têtes une musique qu'on leur a interdit de chanter" *

Depuis la -récente- sortie du film en salle, un certain nombre de critiques négatives se déchaînent contre ce conte, qui comme toutes les fables témoigne en filigrane de beaucoup plus qu'elle ne montre. L'article ( http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2014/12/22/le-probleme-avec-timbuktu-le-film-dabderrahmane-sissako-233966 ) que Sabine Cessou consacre à ce film aujourd'hui ( 22/12/2014 à 16h14) sur Rue 89 est certes très documenté ( et plus argumenté que la plupart des commentaires rencontrés ici ) mais je crains qu'à vouloir absolument se démarquer du troupeau des enthousiastes, ce qui est son droit, elle n'aille chercher des arguments un peu spécieux, qu'on retrouve - bien moins développés, et de manière bien moins subtile – ici même dans certains commentaires. Car au moins, et cela semble la gêner puisqu'elle le répète plusieurs fois, elle lui reconnaît quelques qualités : « cette œuvre de fiction assume … une grande liberté dans son langage poétique et son usage de la métaphore. » Et, vers la fin de l'article cette œuvre « accomplie sur le plan esthétique » est «  pourtant assez didactique et bourrée de bonnes intentions ».

Il est effectivement bien dommage que le film n'ait pas encore été projeté au Mali. Mais l'article que l'on nous fournit en lien n'est absolument pas critique contre le film, et comme le dit fort justement Mame Diarra DIOP dans le journal du Mali : «  Cela est un autre débat » !

Quant à l'article de Mali-Actu , ce n'est qu'à la fin qu'il fait le bilan des critiques qui ont été faites « à l’issue d’un échange avec la salle ». Combien de participants ont reproché au film de ne pas parler du séparatisme touareg, des destructions des mausolées et des manuscrits, des conflits entre islamistes et MNLA ( touareg ), des viols, des trafics ( de drogue et d'armes... ) ?

En tout cas, Madame Cessou aurait pu aussi citer l'analyse du site AFRICULTURES ( http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=12233 ) qui présente l'intérêt d'être favorable au film.
Sans doute Abderrahmane Sissako a-t-il, en raison de ses sponsorings français ( et de la perspective d'une première palme d'Or africaine ? Qui serait en droit de lui reprocher cette petite compromission ? ) fait de Timbuktu, le chagrin des oiseaux, un film accessible pour un public occidental. Mais je ne suis pas sûr que la forme attire tant que cela les foules de chez nous : en particulier à cause de sa mise en scène particulière, et à l'absence de « gros son » à l'américaine pour ponctuer les séquences ( voire en fond sonore couvrant à demi les dialogues ). Même si ce choix en lui même est signifiant ( le silence a évidemment son importance dans un monde où la musique est interdite, comme les jeux), il met le spectateur consommateur de nos villes d'abord un peu mal à l'aise... A moins qu'il ne soit comme moi ravi : un duduk, un oud, des percussions, des guitares et un piano suffisent au compositeur Amine Bouhafa pour développer un thème dont la douceur mélodique forme un contrepoint à la violence quotidienne que subit la population. Souvent intégrée dans le récit ( chuchotée la nuit, hurlée sous les coups de fouet...) la mélopée, rare, s'étoffe parfois de quelques orchestrations – de style arabo-andalouse ou occidentalisées ( rajoutées au mixage ? ).
Moi même bon occidental assumé, je me suis donc sans doute laissé berner par ce magnifique « conte pour Occidentaux » que je ne commenterai pas plus avant : D'autres, ailleurs, ont suffisamment parlé de la qualité des images.... Par contre j'aurais envie de savoir à quelle ethnie appartient la journaliste qui convoque à sa rescousse un ethnologue français directeur de la Maison des sciences humaines de Montpellier, et un anthropologue spécialiste du Mali au CNRS, et qui semble méconnaître l'importance, au cours de ce que nous européens appelons « Moyen Age », des conflits entre nomades et sédentaires, entre éleveurs et pêcheurs notamment ( les Dia , « maîtres des terres » qui ont chassé les Sorko « Maîtres des Eaux » à partir du XI° siècle ).
D'ailleurs, qu'exprime au fond la blogueuse Faty, en dehors du fait qu'elle n'ait pas vu le film et qu'elle en reste au premier degré de ce qu'elle a lu, vu, entendu ? Moi je ressens surtout une profonde haine du touareg, qui lui fait reprocher au cinéaste sa nationalité mauritanienne ( en omettant ses origines maliennes, d'ailleurs ! Pourquoi ne pas le traiter de communiste, tant qu'elle y est, pour avoir étudié le cinéma au VGIK (Institut fédéral d'État du Cinéma) de 1983 à 1989, et fait partie du jury du Festival international du film de Moscou cette année ? Par contre je la trouve fort bienveillante avec les islamistes... d'une manière bien moins claire que « le réalisateur, qui ne risque pas de voir Aqmi lancer une fatwa contre lui », comme nous le sussure perfidement la journaliste.

Je ne suis pas « un gogo suffisamment mal informé pour gober une partie très tronquée de la réalité ». La réalité, je la suis suffisamment au travers des media, moi l'occidental, pour ne pas avoir forcément envie de la retrouver au cinéma. Or depuis le festival de Cannes, j'ai eu maintes fois l'occasion de voir, lire, entendre... que ce film est une fiction. Abderrahmane Sissako n'a pas VOULU raconter l'indicible, l'inacceptable... et je comprends que parmi ceux qui l'ont vêcu cela puisse être frustrant.

La polémique que madame Sabine Cessou entretient présente tout de même l'avantage d'éviter qu'on oublie cette réalité.

* Sissako à la conférence de presse du film à Cannes
Pier-Yvan
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le 23 déc. 2014

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Pier-Yvan

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