Tout démarrait (presque) bien : un concept à la fois malin et plein de possibilités (narratives comme d’interprétations), un cinéaste assez solide à la barre (monsieur Bienvenue à Gattaca et Lord of War) et le joli minois talentueux d’Amanda Seyfried en lead féminin et le ténébreux Cilian Murphy en agent de la gestapo moderne. Le “presque” prend surtout en compte Justin Timberlake qui, s’il n’est pas dirigé par David Fincher en second rôle, a bien du mal à porter un film sur ses épaules.


Time Out fait partie de ces films où je me demande toujours l’impact de l’ego d’Hollywood sur le résultat final. Un casting compliqué ? Un producteur arguant de savoir ce que veut exactement le public ? Un monteur mercenaire se foutant royalement de l’art ? Car il me semble difficile de croire que Niccol, auteur du scénario, se soit fourvoyé à ce point de son propre chef dès le départ. C’est la plus grande frustration de ce film : être capable de sentir derrière une histoire d’amour neuneu et la platitude de ce Robin des Bois des temps futurs un scénario coupé à la tronçonneuse, édulcoré de toute véhémence sociale et politique (l’idée sous-exploitée des riches réduisant le temps de vie des pauvres). Déjà que l’emballage est loin d’être fameux (ok pour de la SF épurée pour faire réaliste, mais 1 bar 3 chambres miteuses et 2 usines désaffectées comme décors ça fait pas voyager), avoir le sentiment d’un gâteau réduit à quelques miettes est la goutte de trop.


Après voilà, là j’enfonce des portes ouvertes et je m’acharne sur un film qui n’en demande pas tant, mais quand même. Des promesses étaient là, et aucune n’a pu être honorée. Time Out, dans toute sa vacuité provenant d’un passage à la moulinette en dents de scie rouillées des studios, n’est qu’une énième démonstration qu’il faut pouvoir dépasser le stade du concept pour pleinement convaincre, que des stars ne font pas forcément de bons piliers quand les récits ne sont pas à la hauteur, et qu’il faut pouvoir faire confiance à la fois aux auteurs et au public pour oser des choses un peu différentes, loin des balises posées depuis trop longtemps déjà dans le cinéma grand public et de divertissement.


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le 9 avr. 2024

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