Julia Ducournau n'a de cesse de dire que Titane est un film dans lequel « on ne sait pas où on va », écoutons là et laissons nous nous emporter dans son aventure en abandonnant quelque peu notre rationalité, notre esprit critique et notre scepticisme. Ne cherchons pas à comprendre car il n’y a pas grand chose à comprendre. Mais il y a beaucoup à voir, à entendre, à sentir et ressentir.
Un film sensoriel
Nous envouter par l’esthétique, c’est bien ce que la réalisatrice, à travers deux personnages (Alexia et Vincent) à la profondeur psychologique hors normes, s’acharne à faire. Il semble que c'est ici la forme qui prend le dessus sur le fond. Autrement dit, chaque scène est savoureuse même sortie du cadre du synopsis. On retiendra en particulier l'une des premières scènes avec le plan séquence de chorégraphie dans le salon automobile (sur la musique Doing it to death de The Kills)
Admettre plutôt que raisonner…?
Ce métrage est incroyable, dans le sens strict du terme car il n’est pas concevable, pas saisissable rationnellement, sans tomber néanmoins dans le fantastique naïf et ridicule. Une fois que l’on a admis que la plaque de titane, implantée dans le cerveau d’Alexia à la suite de son accident, était l’une des sources de sa violence, nous possédons notre ticket pour assister au spectacle.
La règle des 3 T : Traumatisme, Transidenté et Transformation des corps
Toutefois, Julia Ducournau ouvre des pistes de réflexion — alors que nous sommes déjà envoutés — comme manière de nous extraire de nos songes (ou plutôt de nos cauchemars). En effet, la relation entre la protagoniste et son père doit faire l’objet de questionnements. L’extreme froideur entre les 2 personnages qui entraîne une quasi « guerre froide » nous alerte et nous questionne. Alexia a-t-elle vécu un traumatisme engendré par son père ? Cela serait alors une autre justification de la violence qui anime cette dernière. D’autres enjeux cruciaux sont évoqués : la transidentité, l’addiction (avec Vincent) ainsi que la transformation du corps (avec l’accident initial mais aussi lorsque Alexia tombe enceinte)
Violence et esthétisme
Chez Julia Ducournau, la chair et le sang sont (aussi) des éléments consubstantiels de l’œuvre. Pour autant si cette violence est hautement artificielle (stricto sensu : la violence comme artifice) elle n’est pas superficielle et apparaît comme nécessaire pour dresser un tableau d’une puissance extraordinaire. Toutefois, l’agressivité et la pulsion de meurtre sont largement abusives (et encore incroyables) au point de tomber dans l’absurde ce qui risque d’en lasser plus d’un. Dès lors, les scènes de « repos » où la morbidité est absente, où le spectateur peut enfin souffler et se détendre, sont plus que bienvenues : comme la scène de danse sur le camion pompier.
Une oeuvre qui laisse sans voix
Le mutisme est évidemment au coeur du sujet, non seulement la protagoniste tombe dans une aphasie total mais les dialogues, d’une manière générale, sont extrêmement limités au profit de la bande son inquiétante et presque ensorcelante. A l’image de la protagoniste le spectateur se retrouve également muet et incapable de formuler un quelconque jugement.