[Remarques générales. Je n'ai pas envie de juger et noter des films que je n'ai vus qu'une fois, souvent avec peu de connaissance du contexte de production. Je note donc 5 par défaut, et 10 ou 1 en cas de coup de cœur ou si le film m'a particulièrement déplu. Ma « critique » liste et analyse plutôt les éléments que j'ai aimés ou non, que j'ai trouvé émouvants, interpellants, donnant matière à réflexion, etc. Attention, tout ceci sans égard pour les spoilers !]


J'ai lu cette critique qui résumait assez bien ce que j'avais ressenti devant le film et aurais eu à dire après : https://www.genre-ecran.net/?Titane=


Mais j'écris tout de même un petit mot ici pour apporter une nuance et pousser un petit coup de gueule.


La nuance. Certes, il est difficile de se réjouir de l'attribution d'une deuxième Palme d'Or à une réalisatrice pour un film aussi « masculin » dans son esthétique. Le personnage d'Alexia, nue à peu près une scène sur deux et quasi-muette, est une écrasante illustration du « sois belle et tais-toi ». Pourtant, comme l'a fait remarquer un ami, que je rejoins « elle ne fait pas bander », même avant le body-horror, même dans ce long plan-séquence hyper-sexualisée de danse sur un capot. C'est un cas d'école de male gaze mais on touche ici il me semble à une limite de ce genre d'outils d'analyse qui, utilisés de manière un peu trop systématique, font passer à côté des effets réellement produits par la mise en scène. Personnellement, ce male gaze, justement parce qu'il est excessif, trop près, trop long, trop contrasté, accompagné par de la musique trop forte, m'a suscité du dégoût, et, surtout, m'a paru peu susceptible de provoquer du désir. (Par ailleurs, je trouve douteuse cette mise en scène qui nous dégoûte de ce personnage ; la critique citée précédemment revient largement là-dessus.


Le coup de gueule. Oh, du Cronenberg. Oh, du Carpenter. Oh, un peu de Tarantino. Titane est un film ultra-référencé, et franchement, j'en ai marre du cinéma ultra-référencé. Cela fait partie des procédés qui participent à créer l'esthétique « professionnelle » qui s'oppose avec énergie à la possible démocratisation du cinéma, et nourrit un entre-soi de cinéphiles qui se réjouissent de cette multiplication des clins d’œil entre eux comme autant de private jokes. Bien sûr, Cannes en raffole. Bien sûr, la Fémis et à travers elle Julia Ducournau en raffolent. C'est une tendance que je vois autour de moi parmi les jeunes cinéastes : c'est ainsi qu'on se fait accepter par le monde du Cinéma avec un grand C. Là encore, je cite un ami, qui enseigne en école de cinéma : « Pendant la séance, j'avais envie de mettre des notes, des commentaires, comme devant un film d'étudiant ».


Encore un petit coup de gueule. Titane, c'est un film de papa-maman. Un film dont le « sujet profond » est la (p)(m)aternité. Que c'est difficile d'avoir des enfants ; que c'est difficile d'avoir des parents : c'est le sujet auquel nous ramène une proportion hallucinante de la production cinématographique mainstream, notamment européenne, et ça aussi, j'en ai marre. D'autres sujets existent. Une idée au hasard : le dérèglement climatique ? C'est quand même le plus gros enjeu auquel l'humanité a été confrontée, et au cinéma, personne n'en parle.

Rometach
1
Écrit par

Créée

le 10 sept. 2021

Critique lue 204 fois

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