"Cette division étant faite, chaque moitié cherchait à rencontrer celle qui lui appartenait […]. Voilà comment l’amour est si naturel à l’homme ; l’amour nous ramène à notre nature primitive et, de deux êtres n’en faisant qu’un, rétablit en quelque sorte la nature humaine dans son ancienne perfection. Chacun de nous n’est donc qu’une moitié d’homme, moitié qui a été séparée de son tout, de la même manière que l’on sépare une sole. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitiés."
Bon, faut dire que le début du film avait quelque chose d'intrigant même si, soyons honnête, on sentait déjà l'esbrouffe lors de l'apparition de la grotte (de Platon, t'as compris la référence ?) et le Cerbère ; ce qui nous laissait présager une suite peinturlurée à la truelle et aux bons sentiments. Mais remisons nos aprioris et notre arrogance mal placée pour profiter, en cette soirée d'été, d'un bon divertissement avant de retrouver les limbes du sommeil.
Si la première partie du film réussit à placer les prémices d'une intrigue séduisante, celle-ci se noie très rapidement dans une course à l'édification d'une profondeur à ses personnages ou tente de pallier ce manque. Et là, ça coince. A aucun moment du visionnage, nous aurons le sentiment que ces deux personnes s'aiment, que leur amour est fusionnel ou que cette passion les dévore de l'intérieur, les confronte à des dilemmes concrets (ou, s'il y en a, ils ne sont pas traités ou balayés d'une seule main (cf. la volonté du compagnon à réussir dans l'industrie musicale)). De même, ces deux personnages sont comme des coquilles vides : ils ne sont caractérisés qu'en deux dialogues et une analepse qui nous explique le traumatisme de l'homme (ébranlement qui ne le singularise pas ou qui n'aura aucun effet par la suite). En conséquence de quoi, nous n'arrivons par à créer de la sympathie ou de la compassion pour ces derniers et leur aventure spirituo-amoureuse nous passe par-dessus la tête.
Et ne parlons même pas des personnages secondaires qui ont écrit sur un bord de table :
Réalisateur : Hé ! Roger ! C'est bien marrant que l'on fasse une réécriture du mythe de l'androgyne, mais, faudrait qu'on essaye de rentrer un peu plus dans un style qui fait trembler les jambes et les dents. T'as pas une idée ?
Scénariste : On va mettre un personnage secondaire, que l'on verra dans trois scènes, qui va donner une teinte un peu mystique au bousin. Scènes qui seront là aussi pour expliquer ce que quelqu'un qui a été en cours de philosophie au lycée a déjà compris mais, bon, faut bien remplir le film. Quoi ? On n'aura aucune explication parce qu'on avait la flemme de créer un mythe complet et original sur cette secte ?
Bref. Ces quelques lignes quelque peu acrimonieuses voilent néanmoins des aspects positifs du film comme, par exemple, certains plans intéressants (merci à vous, monsieur le réalisateur, de laisser vivre et d'en faire durer quelques uns) et moments de tension qu'il est difficile cependant d'appeler "horreur". Nous sommes bien plus en présence d'angoisses oniriques, d'instants fragiles entre le rêve et la réalité (cf. la scène de trichophagie dans le lit). Et c'est bien dommage que le réalisateur n'ait pas accentué cet aspect jusqu'à la fin du long-métrage, que nous soyons, comme dans le fantastique, dans le doute jusqu'à l'extrême limite du concevable. Car cela aurait donné à son œuvre une saveur un peu moins convenue (la fin est presque risible) qui aurait pu s'aventurer dans des réflexions plus profondes sur les rapports hommes et femmes.
C'est bien regrettable