Together
6.4
Together

Film de Michael Shanks (2025)

Que voilà un été délicieux pour les amateurs de cinéma de genre intelligent et original ! Le domaine – si souvent dévoyé par les productions commerciales de bas niveau – a vu nombre de « pépites » (comme on dit désormais) exhumées au cours des dernières semaines, comme Substitution ou Weapons (Evanouis). Et voici maintenant que Together confirme que les réalisateurs australiens ont tout compris à ce que nous attendons d’un film fantastique : des sensations, oui (et, comme Substitution, le Body Horror du film soulèvera des soupirs – ou même des cris – de répulsion réguliers dans la salle), mais surtout de la symbolique, de la métaphore, et, plus important encore sans doute, une inscription crédible des personnages et de l’histoire elle-même dans une réalité sociale et psychologique où nous nous reconnaissons.

Together n’a rien d’un petit film horrifique, et se révèle une œuvre terriblement ambitieuse qui s’empare d’un sujet (faussement) banal, le fonctionnement d’un couple, une fois passé le coup de foudre initiateur de la relation (qui tourne ici autour d’un vinyle des Spice Girls offert par Tim, guitariste d’indie rock rêvant encore de célébrité, à Millie). Avec des questions qui interpelleront chacune et chacun : jusqu’où peut-on aimer sans se perdre, sans diluer son identité dans le couple ? Comment retrouver l’attirance physique quand la vie quotidienne, difficile, décevante, l’a usée ? Le modèle du couple fusionnel, souvent présenté comme un idéal d’amour absolu, est-il réellement souhaitable ? etc. Michael Shanks, jeune réalisateur australien encore inconnu ici, venant du court-métrage et du clip, surprend avec un premier film aussi brillant thématiquement que maîtrisé, se plaçant sans crainte dans la lignée des grands Cronenberg, mais avec des « préoccupations » nettement moins théoriques. Et la référence à Platon, si elle est classique (la recherche d’une moitié résultant du traumatisme mythologique d’une séparation imposée par la jalousie divine), ne contredit en rien le fait que Together fera réfléchir chaque spectateur sur sa propre « vision de l’amour et du couple ».

Si l’idée de la « fusion » ultime du couple parfait (avec un gros point d’interrogation, quand même) débouchant sur des conséquences physiques inimaginables est finalement assez logique, voire simple, le cauchemar qui en découle est traité par Shanks avec un sérieux et une inventivité visuelle qui tranchent avec le tout venant du cinéma d’horreur « à petit budget » : les effets spéciaux – prothèses, animatroniques et numériques – sont juste parfaits, et matérialisent remarquablement et l’attraction et l’étreinte poussées aux extrêmes dans ce couple en crise formé par Brie et Tim. Il faut souligner que, si Together fonctionne aussi bien, c’est aussi grâce au casting de Dave Franco et Alison Brie, qui sont un « vrai » couple à la ville, et dont la complicité évidente ajoute une vérité indiscutable à cette histoire de dépendance mutuelle (elle conduit, il cuisine, elle gagne leur pain quotidien, il poursuit ses rêves, c’est le « deal »). On croit à leur histoire, et du coup, on vibre et on tremble pour eux.

Les spectateurs trop « conventionnels » seront certainement surpris par la variété des tonalités du film, oscillant entre drame romantique, satire grinçante et horreur hardcore. Mais tout le monde sera sans doute un peu déçu par la dernière partie, avec une explication assez grossière et trop explicite (le même « problème » donc que dans Evanouis, mais sans la brillante solution, trouvée par Zach Cregger, de pousser tous les curseurs vers le cartoon délirant) : Together aurait sans doute gagné à préserver un peu plus de mystère, les éléments disséminés jusque là suffisant amplement à notre bonheur.

Reste que Together (d’ailleurs porté chez nous par une affiche remarquable, originale et effrayante, bien meilleure que l’affiche anglo-saxonne) est un film qui passionne et secoue. Et il révèle un autre jeune auteur à suivre, tout en confirmant l’importance croissante du genre – marginal au siècle dernier quand Cronenberg le développait de manière visionnaire – du body horror dans la société contemporaine, clairement obsédée par le corps et son apparence.

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2025/08/20/together-de-michael-shanks-attraction-fatale/

Eric-Jubilado
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le 23 août 2025

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