On a plus l’habitude d’attribuer un genre ou plusieurs genres à une œuvre qui ensuite se déclinent eux-mêmes sur une ou plusieurs thématiques et enjeux. L’une des originalités de « Tokyo Shaking » est de prendre sans le vouloir cette habitude cinématographique à l’envers est d’être d’abord un film de sujets. Sur l’expatriation professionnelle au Japon d’abord et sur la catastrophe de Fukushima ensuite, les deux se fondant ensuite dans plusieurs genres. Ici on a une cuillère de suspense, une louche de drame et un zeste d’humour bienvenu et tout cela formant un tout cohérent, original et très intéressant. On a donc un excellent scénario qui sort des sentiers battus en plus d’être très accrocheur et dépaysant avec son contexte de choc des cultures. Mais on a aussi une actrice tout terrain qui pousse encore plus le film vers les cimes de la réussite et de l’excellence. Et enfin un traitement hybride et inclassable qui rend le tout fluide comme par magie. Que demander de plus ? La preuve, cela fonctionne et le film s’imprègne durablement dans notre esprit.
Tout fonctionne ou presque dans ce « Tokyo Shaking ». De tels sujets auraient pu être lourds ou pesants. Mais Olivier Peyon, en s’inspirant de la réalité et du témoignage d’une amie, rend tout cela digeste et distrayant en plus d’être passionnant et instructif. Sobre mais intense, la reconstitution du tremblement de terre est parfaite quand le tsunami et les problèmes de la centrale sont en revanche relayés par les médias et le gouvernement à travers les écrans de télévision et la radio, rendant le climat anxiogène et inquiétant. On revit cette catastrophe presque de l’intérieur et sans le vouloir, cela nous ramène sur pas mal de points à ce que nous pouvons vivre actuellement, entre déclarations mensongères et contradictoires de nos dirigeants, panique, incertitude et dilemmes en tous genres. Quant au monde de l’entreprise et celui des expatriés, il transpire le vrai et les différences culturelles en rapport au monde du travail sont bien montrées sans tomber dans le cliché ou le petit manuel du bien-vivre en entreprise étrangère. Bref, le film coche toutes les cases de la réussite sur les sujets qu’il investit et nous captive tout en nous instruisant avec un mélange à priori risqué et étonnant.
Bien sûr, le long-métrage ne serait pas aussi réussi sans l’excellence de son actrice principale encore une fois au-delà de toute critique. Karin Viard s’empare du rôle avec la grâce et la facilité qu’on lui connait. A se demander quand cette actrice nous gratifiera d’une mauvaise prestation. Les seconds rôles sont également très bien campés, nuancés et permettent de quadriller différents points de vue et sensibilités. C’est pertinent. Du voisin se voulant exagérément rassurant, au stagiaire congolais entier et droit en passant par le directeur de l’entreprise menteur et roublard et la collègue japonaise amoureuse de la France, ils sont tous au diapason et permettent au personnage principal de se découvrir. Les dilemmes moraux sont nombreux et bien mis en avant et la difficile bascule entre vie familiale et vie professionnelle et les choix que cela incombe est parfaitement rendue. Voilà donc un film proprement mis en scène, concis et dépaysant qui parvient à nous faire passer par toute une gamme d’émotions qui font la vie (pleurs, rires et stress) dans un tout plaisant qui n’oublie pas de nous faire réfléchir en nous plongeant littéralement au cœur d’un drame connu de tous.
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