On parle de l'an 2000. Le cinéma français de l'époque, c'était soit de la comédie gentillette pour sortie en famille, soit du drame existentialo-chiant où les acteurs chuchotent en regardant la pluie tomber. Et là, Rochant débarque avec ses gros sabots et nous pond un polar rural qui défouraille. Mon Dieu, comme j'ai aimé cette époque qui donnait de l'espoir sur l'avenir du cinéma français, en TENTANT des trucs.
Alors ouais, je vous entends d'ici : "Le Bihan en fait trop", "le scénario tient sur un ticket de PMU", "ça se prend pour du Peckinpah mais c'est du sous-besson". Laissez-moi rire. Vous avez complètement loupé l'essence du truc.
Ce film, c'est un pur plaisir de cinéma de série B, décomplexé, teigneux, et surtout profondément honnête.
Ce que vous avez snobé (et qui déchire) :
Samuel Le Bihan en mode survolté : Le mec joue "Bédard", un gangster de seconde zone qui doit se mettre au vert dans une communauté de jeunes handicapés en Lozère. Le Bihan y va à fond, il est physique, il a une gueule, il transpire le stress. C'est du brut de décoffrage, loin des rôles de gendres idéaux.
Le concept du western transposé chez les campagnards : C'est littéralement Rio Bravo au milieu des vaches et des cailloux. T'as le gang de tueurs paranos mené par un Kalfon impérial de perversité, et de l'autre, une poignée de laissés-pour-compte qui vont devoir apprendre à tenir un fusil. L'affrontement final dans la ferme isolée, ça a une tension de dingue.
La mise en scène d'Éric Rochant : Le mec décide de s'amuser avec des codes américains en les foutant dans le terroir français. C'est filmé à hauteur d'homme, la photo est cramée par le soleil du Sud, et la violence est sèche, abrupte. Ça ne rigole pas pour faire joli.
Total Western, c'est pas parfait, y a des dialogues qui grincent un peu et des seconds rôles inégaux. Mais putain, ça tentait quelque chose ! Ça essayait de redonner ses lettres de noblesse au film d'action hexagonal sans singer bêtement Hollywood, juste en déplaçant le mythe de la frontière dans nos campagnes.
C'est brut, c'est hargneux, et ça n'a pas vieilli d'un poil sur l'échelle du plaisir coupable. Alors rangez vos airs supérieurs, ouvrez-vous une bière tiède et appréciez le spectacle de ce petit film totalement sacrifié par UGC lors de sa sortie et devenu difficilement trouvable au delà de son DVD d'époque.