Foutus, paumés, à vingt ans c’est comme ça que ces jeunes gays et lesbiennes des années 90 à Los Angeles se voient comme le déclare Andy au début.


L’annonce du film est claire et revendicative : un autre film homo de Greg Araki, découpé en 15 fragments de celluloïd. On nous montre donc des tranches de vie de 6 jeunes plus tout à fait ado mais pas encore adultes. Ils se retrouvent le soir pour parler de tout et de rien, de leurs amours, pour faire la fête. Le point de départ c’est un article de journal qui explique l’important taux de suicide chez les jeunes gays. Alors qu’ils représentent 2 à 5% de la population, 30% des adolescents qui se suicident sont gays.


Il y a beaucoup de moments légers, drôles mais au fur et à mesure on perçoit la difficulté de vivre dans l’Amérique de cette époque où ils n’ont pas leur place en plein cœur de l’épidémie de SIDA. Les moments où on les voit vivre est entrecoupé de moments filmés en vidéo où l’un d’eux recueille des témoignages plus intimes.


On les voit évoluer principalement la nuit dans une ville où les panneaux publicitaires les écrasent, dans des centres commerciaux qu’ils n’aiment pas car la société de consommation ne fait pas leur bonheur, cette société les place à la marge. Le début du film est plus joyeux mais au fur et à mesure des événements, une lente et inexorable tristesse s’installe, faite de toutes les désillusions qu’ils accumulent les uns et les autres. Quand le groupe commence à se déliter et que les uns ou les autres ne peuvent pas répondre alors c’est la chute. C’est le portrait d’une jeunesse un peu perdue dans un monde qui ne leur correspond pas, ils essaient de trouver leur bonheur comme ils peuvent mais la réalité est parfois trop dure pour eux.


La réalisation est très nerveuse, les fragments de vie sont courts, coupés. Les plans sont débullés, en contre-plongée, en plongée, les personnages n’occupent qu’un coin ou débordent du cadre. On a droit à des cartons venant compléter, commenter ce qu’on voit à l’écran. Leurs discussions et leurs références sont presque documentaires de ce début des années 90.


On aura plaisir à suivre James Duval dans différents films d’Araki. Il joue un homosexuel avec conviction car à l’époque il se reconnaissait totalement dans le portrait d’une jeunesse paumée que décrivait Greg Araki. La justesse du jeu de ces jeunes protagonistes, on s’en fiche un peu, car à l’instar d’une image de reportage on perçoit des fragments de fragilité et de douleur dans ces moments où il ne se passe pas grand-chose, où ils s’ennuient de leur vie d’adultes débutants.


Un autre genre de jeunesse désœuvrée chez John Waters avec Female Trouble, Divine est déchaînée dans ce film qui est un doigt d’honneur à l’Amérique moyenne. Dans Sweet sixteen on part en Écosse avec Ken Loach pour constater que l’adolescence ce n’est pas forcément un moment rêvé mais encore moins pour certains qui cumulent les difficultés sociales. Pour une jeunesse désabusée mais en Chine aujourd’hui il y a le très beau An elephant sitting still. Le style de ce dernier est loin d’être nerveux mais on est happé par le sombre pessimisme qui s’en dégage.

soleilnova
8
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le 25 août 2026

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