Porte étendard du bis politiquement incorrect, la Troma Entertainment doit sa réputation et sa longévité à un homme : Lloyd Kaufman. Le majeur fièrement levé, ce trublion de la débauche et du système D s’est évertué durant toute sa carrière à démolir les institutions et différentes strates sociales d’une Amérique exubérante pervertie par le consumérisme. Après avoir végété pendant une décennie avec son ami et collaborateur Michael Herz, c’est grâce à Toxic Avenger qu’il finira par acquérir une reconnaissance auprès du grand public à défaut d’une respectabilité.


Satire Ferox


Cette modeste série B témoigne de l’esprit juvénile et mal embouché d’un studio se complaisant à tirer à balles réelles sur tout le monde. Dans cette frustration qui vient du profond de ses tripes, Lloyd Kaufman décharge d’une traite tout ce qui l’horripile au plus haut point tel une diarrhée fulgurante. Un acharnement propre au personnage, aussi virulent qu’une chaude pisse radioactive, dont la démesure anarchiste et ordurière dépasse l’entendement.


Toxic Avenger se fait le récit initiatique de Melvin Junko, une tête de turc victime d’une bande de punks dont le passe-temps favori consiste à écraser des enfants en voiture. Victime d’une embuscade visant à l’humilier publiquement, Melvin se défenestre avant d’atterrir tête la première dans un fût de déchets radioactifs. De zéro en héros, il va changer de peau, développant des tuméfactions au visage et sur le corps ainsi qu’une force herculéenne faisant de lui un monstre féroce.


Comme le veulent les traditionnelles conventions du genre, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, celle de laver son honneur ainsi que les rues de toutes formes de criminalité, au grand désarroi du maire corrompu de Tromaville. Dans cette ville où ne règne que la prédation, où les handicapés et les personnes âgées sont avilis et opprimés, Toxie va assainir les rues à coups de poings et de serpillière dans la gueule, mais également trouver la femme de sa vie car si l’amour rend aveugle, l’amoureuse l’est aussi.


La Grande Guignolade


Influencé par les comics de Stan Lee et de Jack Kirby, Lloyd Kaufman ambitionne avec Toxic Avenger de livrer un film de super-héros sous acide, anticipant d’au moins 20 ans la déferlante standardisée de Marvel et DC. À travers ce pamphlet anti-reaganien tenant de la vaste guignolade, le cinéaste brocarde ses messages avec la subtilité d’une bête de sanatorium incontinente étalant ses excréments sur les murs d’une cellule capitonnée. Le réalisateur élabore un univers (Tromaville), sorte de Groland américain ayant enfanté les pires raclures et fils de pute que le pays à la bannière étoilée n’ait jamais porté : politiciens véreux, justice corrompue, jeunesse dévoyée… C’est l’ensemble des acteurs de ce microcosme que le film passe au rouleau compresseur, y compris les enfants et animaux de compagnie.


Ce n’est d’ailleurs pas anodin si Melvin est devenu un être toxique mis au ban de la communauté tant son réalisateur affectionne les marginaux et laissés-pour-compte, victimes de la société de consommation qu’il aime égratigner dans chacune de ses productions. Toxic Avenger passe ainsi en revue certains lieux communs que fréquente l’américain moyen (Fast-Food, club de gym), et traite du rapport conformiste qu’entretiennent ses protagonistes, y compris son héros n’aspirant qu’à s’intégrer, se marier et à fonder une famille.


L’intrigue bordélique est ponctuée de séquences d’actions (cascades automobiles et explosions) et de grosses bastons plutôt bien chorégraphiées pour un budget dérisoire d’à peine 500 000 dollars. L’esthétique proche d’une bande dessinée amorce les productions à venir du studio (Sgt. Kabukiman N.Y.P.D., Atomic College, Terror Firmer), ainsi que le cultissime Street Trash avec lequel il partage sa maquilleuse et conceptrice des effets spéciaux. Peu connu dans le 7ème art, Jennifer Aspinall n’avait pourtant rien à envier à ses contemporains (Robert Kurtzman, Rob Bottin, Greg Nicoreto, Mark Shotstrom), signant des effets goregasmiques à n’en plus finir (écrasements, démembrements, énucléations, trépanations).


En s’éloignant des canons superficiels de beauté, Toxic Avenger s’est imposé comme l’incarnation du cinéma bis américain, et d’un style outrancier amusant autant qu’il exaspère. Victime de son succès, son héros a même fini par devenir ce que son réalisateur fustigeait au plus haut point : un pur symbole marketing nanti d’une franchise se déclinant sous toutes ses formes (série télé, comédie musicale, comics) et d’une large gamme de produits dérivées (poster, t-shirt, mug, lunchbox…).


Si toi aussi tu ne te retrouves plus dans l’état de déliquescence actuel de notre société et que tu considères que le monde a besoin de héros, qu'ils soient violents, gros, cons ou attardés mentaux... L’Écran Large te fera passer de zéro à héros, car il suffit d'un collant et d’un peu de matière grise pour changer de peau !

Le-Roy-du-Bis
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le 27 avr. 2023

Modifiée

le 2 août 2025

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Le Roy du Bis

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