Preuve de la limite d'un tel exercice, même en allant à 600 : j'aime tout Soderbergh, souvent beaucoup, mais n'ai pu en garder que 3 et impossible d'en caser un plus haut que ce "Traffic", parfois décrié pour ses choix formels que je trouve pourtant parfaits (à commencer par les filtres de couleur différenciant les storylines), de même que sa façon d'allier un certain cinéma social de grande ampleur - le cinéaste venait tout juste de sortir "Erin Brockovich", il y a mine de rien une certaine continuité - et cette abstraction existentielle qui en faisait déjà à mon sens l'un des meilleurs disciples d'Antonioni ("Eros " ayant depuis entériné cette théorie).
Car Soderbergh, c'est avant tout un cinéma de l'incommunicabilité et des relations interpersonnelles compliquées (chacun des récits de "Traffic" abordant le sujet à sa manière, avec davantage d'évidence bien sûr dans le cas du personnage de Michael Douglas et de sa fille), des solitudes qui se croisent sans se voir, de l'humain isolé par l'implacable mécanique de son environnement (pas un hasard s'il a fait un film sur Kafka même si c'est loin d'être son meilleur, "The Informant" étant probablement son vrai grand film kafkaïen) mais qui l'influence sans le vouloir, le tout avec une sensibilité plutôt européenne (unpopular opinon au passage, "son "Solaris" vaut voire dépasse celui de Tarkovski) et dans le même temps un sens de la narration très américain. Ce qui fait de "Traffic" un grand polar métaphysique non sans atomes crochus avec Michael Man et son "Révélations" en particulier (aka "The Insider", également titre français du dernier Soderbergh en date, "Black Bag"... inception !), grain de l'image compris.